Encore une fois, Monsieur Cheikh Ahmed Ould Zehaz, vous vous distinguez par votre volonté manifeste de vous ériger en fossoyeur de la cause haratine, au nom d’une référence idéologique que vous avez vous-même dévoyée et abandonnée en vous mettant au service de régimes politiques en totale contradiction avec les principes dont vous tentez de vous prévaloir à la moindre occasion.
Vou affirmez d’emblée vouloir vous placer au-dessus de la polémique. Pourtant, en réalité, vous ne faites qu’endosser le rôle qui semble désormais vous être assigné : celui de contradicteur systématique et sans scrupule du militantisme haratine.
Sous couvert d’une approche prétendument intellectuelle et nationale, votre discours tend surtout à délégitimer les revendications portées par les Haratines, en minimisant la dimension politique et identitaire de leur combat. En ramenant constamment cette question à une simple problématique sociale et économique, vous éludez volontairement les mécanismes profonds de domination, d’exclusion et de marginalisation qui ont façonné cette réalité durant des générations.
Cette posture, loin de contribuer à un débat serein et constructif, participe plutôt à la banalisation d’une injustice historique dont l’aggravation des séquelles rend la question haratine toujours plus complexe et en fait un défi majeur hypothéquant l’avenir de la Mauritanie.
D’ailleurs, qu’est-ce qui a empêché la mise en œuvre de cette approche socio-économique depuis votre retournement de veste au service d’un système en déficit de légitimité, fondé sur le déni et la mystification de la réalité de l’esclavage et de la question haratine, ainsi que sur la discrimination, le suprémacisme, l’exclusion et la marginalisation des Haratines, mais aussi sur la gabegie, le clientélisme et le verrouillage de toute véritable alternance politique ?
Quel est votre plaidoyer pour la question de l’esclavage depuis que vous avez été coopté par ce système néo-esclavagiste ? Et si de telles politiques ont réellement existé, et qu’elles se sont révélées efficaces, pourquoi en sommes-nous encore aujourd’hui confrontés à une question haratine unanimement reconnue comme à la fois cruciale et accablante ?
Quant à la << minorité d’intellectuels — ou assimilés — >> elle semble faire votre bonheur. Au regard de votre trajectoire au sein de systèmes néo-esclavagistes, il aurait même fallu la créer si elle n’existait pas. Car c’est précisément à la faveur de son combat dérangeant l’ordre social etabli et le statut quo politique, que ce système vous a recruté comme mercenaire contre la cause haratine. Aviez-vous pensé à l’immense majorité des victimes de l’esclavage et de ses séquelles lorsque vous étiez aux avant-postes, sous le régime de Maaouya OuldSid’AhmedTaya, pour nier et mystifier la réalité de la question de l’esclavage ?
Quelle que soit l’appréciation que l’on puisse porter sur la lutte de cette << minorité d’intellectuels — ou assimilés —>>, l’histoire lui retiendra ses acquis en matière d’abolition de l’esclavage et de ses corollaires, tandis qu’elle vous réservera le rôle tristement célèbre de « Bob Denard » des systèmes néo-esclavagistes, engagé contre la lutte légitime des Haratines pour leur libération et leur émancipation.
En assimilant l’aspiration du militantisme haratine à ériger les Haratines en composante nationale souveraine à une prétendue volonté de consacrer les quotas et la séparation, votre réflexion partisane vous conduit à des conclusions erronées, parce qu’elle repose sur des présupposés fallacieux tout en éludant des réalités pourtant manifestes et accablantes.
Pourquoi ne dénoncez-vous pas plutôt l’hégémonie, la discrimination, l’exclusion, la marginalisation, ainsi que la mainmise d’une seule communauté sur les affaires du pays et sur son économie ? Une telle injustice est infiniment plus dangereuse, plus gravissime et plus cynique que le spectre des quotas que vous agitez de manière fallacieuse.
Non, Monsieur Cheikh Ahmed Ould Zehaf, le militantisme haratine ne prône ni les quotas ni, encore moins, la séparation. Vous choisissez délibérément de situer ses aspirations dans un paradigme de diabolisation.
Comme vous le savez vous-même, parce que vous êtes hartani, les Haratines ont été esclaves malgré eux, haratines malgré eux, beidanes malgré eux, arabes malgré eux, dans une trajectoire historique marquée par l’inhumanisme, l’abjection, le mépris, la misère, la bassesse et l’indignité.
Aujourd’hui qu’ils sont prétendument « libres », n’ont-ils pas le droit — et même le devoir — de penser souverainement qui ils sont, de réfléchir souverainement à leur condition et de prendre en main, souverainement, leur destin contrarié au sein d’une République qui continue de les traiter sous le prisme du néo-esclavagisme ?
La question haratine constitue une dynamique de libération et d’émancipation, une évolution sociétale appelée à aboutir à ce que permettra le rapport de force issu de leur lutte spécifique.
Seules la crédibilité de cette lutte et la détermination de ceux qui la portent feront de la question haratine une véritable question nationale. Tout le reste ne demeure que discours creux, hypocrites et démagogiques.
L’erreur de votre système politique employeur est d’avoir manqué de prévoyance en sous-estimant cette dynamique évolutionnaire et en la réduisant aux seules péripéties conjoncturelles de l’activisme d’une << minorité d’intellectuels — ou assimilés >>.
Pour le reste retenez bien que vous n’êtes plus le valeureux militant du MND, mais plutôt le hartani de service d’un système décrié et que le militantisme haratine n’est pas le mur le plus court
Mohamed Daoud Imigine
Le 26 Mai 2026
