Mauritanie. Victoire écrasante de l’UPR aux législatives, le boulevard du troisième mandat s’ouvre pour Aziz

Mauritanie. Victoire écrasante de l’UPR aux législatives, le boulevard du troisième mandat s’ouvre pour Aziz  Le parti du président Mohamed Ould Abdel Aziz, l’Union pour la république (UPR), s’est assuré la majorité absolue de 89 sièges sur 157 à l’Assemblée nationale de la Mauritanie.

La fin justifiant les moyens, les partisans du président ont tout fait, la fraude y compris, pour lui ouvrir un boulevard pour un troisième mandat. C’était d’ailleurs la sollicitation de Abdel Aziz. « Si vous voulez que j’aie un troisième mandat, donnez-moi une majorité confortable », avait-il dit en substance. Alea jacta est ! Et c’est le parjure parfait pour cet officier supérieur de l’armée qui, en même temps, viole le sacro-saint principe de la parole donnée, piétine le Coran sur lequel il a pourtant juré de respecter la Constitution.

L’on se rappelle les propos du porte-parole du gouvernement mauritanien, par ailleurs ministre de la Culture et de l’artisanat, en juillet dernier : « ceux qui croient que le président Mohamed Ould Abdel Aziz va céder le pouvoir en 2019 sont dans l’illusion. Penser que le président de la République va partir dans 10 à 11 mois relève d’un rêve.

Les jours et événements à venir confirmeront mes paroles. Car, le peuple mauritanien, dans sa majorité, c’est-à-dire à 90%, est attaché à la personne du président de la République ». Mieux, l’intéressé lui-même avait tombé le masque en annonçant sa volonté de briguer un troisième mandat. Pourtant, pas plus qu’en début juillet dernier, le chef de l’Etat mauritanien affirmait, sans sourciller, sur les antennes d’une chaîne internationale : « Je respecterai la Constitution.

Cette histoire de troisième mandat relève d’une propagande de l’opposition, mais elle sera balayée par la réalité ». Ces déclarations contradictoires ne pouvaient que semer le doute et la confusion dans les esprits, surtout de tous ceux qui croyaient jusque-là en la bonne foi du maître de Nouakchott.

En attendant que les semaines ou mois à venir nous situent davantage sur la question de ce troisième mandat, l’on peut, d’ores et déjà, craindre que le président mauritanien n’ait chopé la maladie du troisième mandat, quoique cela ait déjà fait couler beaucoup d’encre et de salive sur le continent, avec les conséquences que l’on sait.

Ainsi, Abdel Aziz s’apprête à se rendre coupable d’une tentative d’assassinat de la démocratie en s’abritant sous le parapluie du peuple dont le chef de l’Etat serait finalement le prisonnier, comme on l’a déjà vu et entendu sous d’autres tropiques.

De quoi faire se retourner dans sa tombe, le père de la démocratie mauritanienne, Ely Ould Mohamed Vall qui n’est personne d’autre que le cousin de l’actuel chef de l’Etat. En effet, parvenu, en 2005, au pouvoir à la suite d’un putsch sans violence après avoir promis d’instaurer les bases d’une vraie démocratie dans son pays et de se retirer rapidement du pouvoir, Ely Ould Mohamed Vall surprendra agréablement ses compatriotes en tenant parole, contre toute attente.

D’abord, en dotant son pays d’une Constitution démocratique, tout en libérant la presse et l’expression politique. Ensuite, en interdisant à lui-même et aux membres de son gouvernement de Transition, de se présenter aux élections qui allaient suivre. Deux ans après, il transmettra le pouvoir à la suite des premières élections incontestables que son pays ait jamais organisées.

Un acte hautement patriotique, qui a fait la fierté de tout le peuple mauritanien. Aujourd’hui, au regard de l’évolution de la situation, c’est en fossoyeur de la démocratie que Mohamed Ould Abdel Aziz semble vouloir entrer dans l’histoire.

En tout cas, l’actuel chef de l’Etat mauritanien voudrait enterrer son cousin une seconde fois, qu’il ne s’y prendrait pas autrement. Et c’est en putschiste mal reconverti en démocrate, qu’il s’apprête visiblement à faire mentir tous ceux-là qui croyaient qu’il ne raterait pas l’occasion de quitter le pouvoir par la grande porte, d’autant plus qu’il a toujours juré, la main sur le cœur, de s’en tenir à ses deux mandats constitutionnels.

Finalement, tout porte à croire qu’il n’aura pas ce respect post-mortem pour son cousin qui avait, pourtant, fait entrer son pays dans une nouvelle ère. Et l’on n’est pas loin de penser que toutes ces réformes constitutionnelles qui étaient présentées comme autant d’innovations, n’étaient, en réalité, que de la poudre aux yeux dont le seul but était de déblayer le terrain pour préparer la confiscation du pouvoir.

Mais si le président Abdel Aziz s’imagine pouvoir sauter allègrement le pas en s’arcboutant à sa garde prétorienne, il aurait tort de croire que cela est une assurance tous risques. Car des révolutions de palais, on en a aussi vu sur le continent. Et rien ne dit que la loi du plus fort qui passe pour être le mode de dévolution du pouvoir en Mauritanie, ne s’appliquera pas aussi à lui.

Finalement, on ne peut qu’être convaincu pour de bon de l’amnésie dont font preuve beaucoup de princes en Afrique. Sinon, comment comprendre que le général Mohamed Ould Abdel Aziz, qui a dénoncé les dérives de certains de ses prédécesseurs, se mette aujourd’hui, à les imiter, sinon à faire pire qu’eux !

« Le Pays »

Source : Editions Le Pays (Burkina Faso)