Mesdames, Messieurs, chers partisans de la démocratie, valeur aujourd’hui diffamée et bafouée, par les artisans du cynisme pragmatique, ennemis du devoir d’ingérence, toujours en embuscade et solidaires quand il s’agit de bâillonner, de dissuader, bref d’imposer le silence « De la tyrannie ».
Permettez-moi de souligner, ici le titre fameux du penseur Léo Strauss, digne fils de
Germanie qui préféra l’exil en Amérique, à la certitude de l’anéantissement par l’un ou l’autre
des deux totalitarismes du 20ème siècle, en l’occurrence le nazisme et le stalinisme.
Oui, chercher la survie à tout prix reste, au fil de siècles, le magistère salvateur de notre espèce,
celle des humains, surtout quand le rescapé porte en lui, comme Hannah Arendt ou Théodor
Adorno, la sensibilité artistique, réservoir mental de la résistance à l’oppression.
Je ne puis, non plus, éluder le souvenir édifiant de l’incendie du Reichstag, sans doute
l’agression la plus frontale contre l’esprit et les institutions de l’Etat de droit. En effet, pour que
triomphât la Bête immonde et commençât la messe noire de la Shoah, il fallait détruire, sous le
feu d’une utopie de mille ans, le lieu même où siégeait la parole contradictoire.
Or, l’Allemagne se releva de sa chute, mieux elle s’est réunifiée, sur les décombres du Mur
infâme. Sous l’apparente invincibilité du socialisme dit « réel », prospéraient, en sourdine, dans
l’anonymat et l’intelligence, des individualités résolues à protéger Das Leben der Anderen, La
vie des autres. Il m’honore de saluer, devant vous, l’œuvre du génial réalisateur Florian
Henckel.
Et, pourtant, en dépit du risque de périr broyé dans l’univers concentrationnaire, voire d’y
dégringoler au stade de l’animalité, des Allemands de la dissidence et des Européens téméraires ont fui l’extermination et se sont cachés, admirables fugitifs de l’Apocalypse, afin de réfléchir, écrire, enregistrer la voix, photographier, dessiner, peindre.
Des milliers de témoignages sur la brutalité de leur époque nous sont parvenus, d’où notre
résolution, tous ici, à empêcher l’extinction d’un legs aussi universel. Oui, l’art au service de la
transmission et de la mémoire vigilante, nous rappelle que l’oppresseur ne craint que les idées
car il en sait et redoute l’indomptable nuisance.
Je viens de la République islamique de Mauritanie, pays où l’ombre de l’esclavage et l’héritage
du système de caste planent encore. L’Initiative de Résurgence Abolitionniste (IRA) que je
dirige en sus de mes responsabilités d’élu du Parlement, tente de promouvoir, grâce aux
instruments exclusifs de la non-violence, l’égalité de mes compatriotes et la protection de
l’étranger, envers et contre les privilèges de naissance, le sexisme, l’oppression culturelle et la
xénophobie.
Mes camarades et moi endurons l’emprisonnement et la torture, le chantage et les privations et
devons avaler, chaque jour, notre dose de diffamation, de mépris et d’intimidation. Le bloc
hégémonique, producteur séculaire de la domination, considère, dans notre abnégation,
davantage une menace vitale que l’opportunité de la réconciliation. Ainsi, nous incombe-t-il de
rassurer l’adversaire et voici un devoir bien douloureux auxquels nous ne saurions nous dérober.
Cependant, l’expérience me l’a appris, une fois franchi le seuil du supportable, la lutte devient
injonction et ne relève plus du choix. Nous nous battons non seulement en vertu de
l’émancipation mais cultivons l’ambition, tenace, d’obtenir la majorité au suffrage universel
direct.
Nous prétendons passer du statut de victimes désarmées à l’exercice du pouvoir d’Etat. A aucun
moment, la tentation stérile de la Révolution, du désordre et de la vengeance ne nous a effleurés.
Parmi nous, depuis le début de notre marche, la progéniture de nos anciens maîtres, au coude à
coude avec les rejetons des groupes marginalisés, élève l’étendard du combat et le relaye à
l’intérieur des foyers qui nous sont hostiles. Nous sommes fiers d’une telle complémentarité et
en labourons le terreau fécond, malgré l’interdiction de notre parti, Reforme pour une action
globale (Rag).
Réinventer la démocratie, consiste, d’emblée, à la rendre compatible aux opportunités de
l’alternance pacifique. Nous apprenons, de nos épreuves, que le vote formel et le pluralisme des organisations ne suffisent à nourrir la semence du mieux-être collectif. En Afrique, à l’exception notable du Sénégal et de l’Ile Maurice, la façade du multipartisme favorise souvent les clientèles et le crime organisé, perpétue la corruption et débouche, in fine, sur un supplément de crise, lui- même source de conflit, aux conséquences parfois irréversibles.
En Mauritanie, nous réclamons la garantie constitutionnelle de l’accès à l’éducation et aux
bienfaits de l’enrôlement biométrique. Nous voulons la stricte équivalence des chances et des
droits, par-delà les disparités de langue, de genre et d’appartenance ethnique.
Chez nous, la démocratie, jusqu’ici outil de reproduction de l’iniquité, tarde à devenir un bien
commun, qui régule les divergences, abrite le dialogue et organise le respect mutuel, gage de
paix et d’une prospérité équitablement répartie, d’abord au bénéfice des travailleurs manuels,
ces damnés que je qualifie de « sel de la terre », pour paraphraser l’Evangile de Saint Mathieu.
Mesdames et Messieurs, honorable assistance, je laisse à mes pairs invités, le soin de vous
entretenir de populisme dévastateur, de désinformation, d’intelligence artificielle, de recul de
la solidarité et de retour des égoïsmes, à l’ombre du capitalisme prédateur.
En guise de conclusion, permettez-moi, je vous prie, de dédier la présente oraison, aux braves
camarades, passeurs de la liberté en mouvement, sur les terres de la Palestine martyre, de l’Iran toujours sous la botte d’une théocratie anachronique, du Myanmar, de la Chine turcophone, de l’Ukraine en ruine… Je n’oublie, non plus, mes frères et sœurs du Sahel, anonymes, intellectuels, journalistes, activistes de la société civile, femmes et enfants, pris en tenaille entre la barbarie de l’extrémisme religieux et l’arrogance des régimes militaires.
A l’adresse des vendeurs d’illusion, vêtus du manteau de la fausse générosité, je dis que rien de
noble ni de plaidable ne se construit aux dépens de notre part d’humanité.
Mesdames, Messieurs, chers partisans de la démocratie, valeur aujourd’hui diffamée et bafouée, par les artisans du cynisme pragmatique, ennemis du devoir d’ingérence, toujours en embuscade et solidaires quand il s’agit de bâillonner, de dissuader, bref d’imposer le silence « De la tyrannie ».
Permettez-moi de souligner, ici le titre fameux du penseur Léo Strauss, digne fils de
Germanie qui préféra l’exil en Amérique, à la certitude de l’anéantissement par l’un ou l’autre
des deux totalitarismes du 20ème siècle, en l’occurrence le nazisme et le stalinisme.
Oui, chercher la survie à tout prix reste, au fil de siècles, le magistère salvateur de notre espèce,
celle des humains, surtout quand le rescapé porte en lui, comme Hannah Arendt ou Théodor
Adorno, la sensibilité artistique, réservoir mental de la résistance à l’oppression.
Je ne puis, non plus, éluder le souvenir édifiant de l’incendie du Reichstag, sans doute
l’agression la plus frontale contre l’esprit et les institutions de l’Etat de droit. En effet, pour que
triomphât la Bête immonde et commençât la messe noire de la Shoah, il fallait détruire, sous le
feu d’une utopie de mille ans, le lieu même où siégeait la parole contradictoire.
Or, l’Allemagne se releva de sa chute, mieux elle s’est réunifiée, sur les décombres du Mur
infâme. Sous l’apparente invincibilité du socialisme dit « réel », prospéraient, en sourdine, dans
l’anonymat et l’intelligence, des individualités résolues à protéger Das Leben der Anderen, La
vie des autres. Il m’honore de saluer, devant vous, l’œuvre du génial réalisateur Florian
Henckel.
Et, pourtant, en dépit du risque de périr broyé dans l’univers concentrationnaire, voire d’y
dégringoler au stade de l’animalité, des Allemands de la dissidence et des Européens téméraires ont fui l’extermination et se sont cachés, admirables fugitifs de l’Apocalypse, afin de réfléchir, écrire, enregistrer la voix, photographier, dessiner, peindre.
Des milliers de témoignages sur la brutalité de leur époque nous sont parvenus, d’où notre
résolution, tous ici, à empêcher l’extinction d’un legs aussi universel. Oui, l’art au service de la
transmission et de la mémoire vigilante, nous rappelle que l’oppresseur ne craint que les idées
car il en sait et redoute l’indomptable nuisance.
Je viens de la République islamique de Mauritanie, pays où l’ombre de l’esclavage et l’héritage
du système de caste planent encore. L’Initiative de Résurgence Abolitionniste (IRA) que je
dirige en sus de mes responsabilités d’élu du Parlement, tente de promouvoir, grâce aux
instruments exclusifs de la non-violence, l’égalité de mes compatriotes et la protection de
l’étranger, envers et contre les privilèges de naissance, le sexisme, l’oppression culturelle et la
xénophobie.
Mes camarades et moi endurons l’emprisonnement et la torture, le chantage et les privations et
devons avaler, chaque jour, notre dose de diffamation, de mépris et d’intimidation. Le bloc
hégémonique, producteur séculaire de la domination, considère, dans notre abnégation,
davantage une menace vitale que l’opportunité de la réconciliation. Ainsi, nous incombe-t-il de
rassurer l’adversaire et voici un devoir bien douloureux auxquels nous ne saurions nous dérober.
Cependant, l’expérience me l’a appris, une fois franchi le seuil du supportable, la lutte devient
injonction et ne relève plus du choix. Nous nous battons non seulement en vertu de
l’émancipation mais cultivons l’ambition, tenace, d’obtenir la majorité au suffrage universel
direct.
Nous prétendons passer du statut de victimes désarmées à l’exercice du pouvoir d’Etat. A aucun
moment, la tentation stérile de la Révolution, du désordre et de la vengeance ne nous a effleurés.
Parmi nous, depuis le début de notre marche, la progéniture de nos anciens maîtres, au coude à
coude avec les rejetons des groupes marginalisés, élève l’étendard du combat et le relaye à
l’intérieur des foyers qui nous sont hostiles. Nous sommes fiers d’une telle complémentarité et
en labourons le terreau fécond, malgré l’interdiction de notre parti, Reforme pour une action
globale (Rag).
Réinventer la démocratie, consiste, d’emblée, à la rendre compatible aux opportunités de
l’alternance pacifique. Nous apprenons, de nos épreuves, que le vote formel et le pluralisme des organisations ne suffisent à nourrir la semence du mieux-être collectif. En Afrique, à l’exception notable du Sénégal et de l’Ile Maurice, la façade du multipartisme favorise souvent les clientèles et le crime organisé, perpétue la corruption et débouche, in fine, sur un supplément de crise, lui- même source de conflit, aux conséquences parfois irréversibles.
En Mauritanie, nous réclamons la garantie constitutionnelle de l’accès à l’éducation et aux
bienfaits de l’enrôlement biométrique. Nous voulons la stricte équivalence des chances et des
droits, par-delà les disparités de langue, de genre et d’appartenance ethnique.
Chez nous, la démocratie, jusqu’ici outil de reproduction de l’iniquité, tarde à devenir un bien
commun, qui régule les divergences, abrite le dialogue et organise le respect mutuel, gage de
paix et d’une prospérité équitablement répartie, d’abord au bénéfice des travailleurs manuels,
ces damnés que je qualifie de « sel de la terre », pour paraphraser l’Evangile de Saint Mathieu.
Mesdames et Messieurs, honorable assistance, je laisse à mes pairs invités, le soin de vous
entretenir de populisme dévastateur, de désinformation, d’intelligence artificielle, de recul de
la solidarité et de retour des égoïsmes, à l’ombre du capitalisme prédateur.
En guise de conclusion, permettez-moi, je vous prie, de dédier la présente oraison, aux braves
camarades, passeurs de la liberté en mouvement, sur les terres de la Palestine martyre, de l’Iran toujours sous la botte d’une théocratie anachronique, du Myanmar, de la Chine turcophone, de l’Ukraine en ruine… Je n’oublie, non plus, mes frères et sœurs du Sahel, anonymes, intellectuels, journalistes, activistes de la société civile, femmes et enfants, pris en tenaille entre la barbarie de l’extrémisme religieux et l’arrogance des régimes militaires.
A l’adresse des vendeurs d’illusion, vêtus du manteau de la fausse générosité, je dis que rien de
noble ni de plaidable ne se construit aux dépens de notre part d’humanité.
Je vous remercie
Biram Dah Abeid : député, président de l’initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie, leader du mouvement antiraciste et porte-voix de la gouvernance intégré.
World Forum, Berlin, février 2026
