Me voici de retour. En effet, le 10 du mois en cours, j’avais promis de revenir sur le contenu des discours révolutionnaires de Son Excellence le Président de la République lors de sa visite dans le Hodh Echarghi.
À l’entame de cette modeste contribution, un constat succinct bien qu’amer s’impose : cette visite nous a révélé la situation primitive et l’extrême précarité dans lesquelles vivent encore nos concitoyens dans ces zones qui tardent à intégrer l’existence d’un État moderne, tant dans leur esprit que dans leur comportement. Personnellement, j’ai été profondément frappé par des scènes et des propos que je pensais appartenir à un autre âge, et qui pourtant persistent en ce XXIᵉ siècle.
Les cadres sans pour autant généraliser portent une grande responsabilité : il est clair que certains maintiennent volontairement et sciemment, à des fins électorales, ces citoyens dans l’ignorance afin de mieux les dominer et préserver leur allégeance, faisant ainsi d’eux de véritables viviers électoraux.
Comment concevoir qu’après 65 ans d’indépendance, il existe encore des citoyens qui confondent l’État central avec des cadres locaux auxquels ils attribuent des réalisations pourtant dues à l’État ?
Je paraphraserai ici Sarkozy, bien que sa formule fût condescendante : « L’Africain n’est pas encore entré dans l’histoire ». Force est de constater que beaucoup de nos concitoyens de ces contrées de l’Est, vivent encore en dehors de la conscience citoyenne. Où sont passés les grands programmes de développement financés à hauteur de milliards ? Tristes réalités.
Ces manifestations, qui heurtent l’âme et l’esprit, ne peuvent laisser indifférent un homme averti, encore moins un Président de la République chargé d’assurer la destinée d’une nation entière. Jacques Prévert disait : « Plus tard, il sera trop tard. Notre vie, c’est maintenant. »
Le Président de la République a parlé, et il a donné des directives. Poursuivant la même ligne que lors de ses précédents discours (Ouadane – Djewol), il a, tout au long de son rude périple, dénoncé avec force le tribalisme, le régionalisme et l’ethnicisme. Ces réflexes d’un âge révolu constituent des entraves graves au développement d’un pays qui a déjà trop souffert de ces pesanteurs sociétales.
La stratification sociale étant toujours inégalitaire, la tribu a longtemps servi pour certains d’ascenseur social immérité, permettant l’accès facile à des postes de responsabilité. Depuis l’indépendance, des promotions s’obtiennent trop souvent par l’appartenance tribale, créant un profond sentiment de frustration et d’injustice chez de nombreux citoyens marginalisés. Cette perception d’injustice peut devenir une source d’instabilité, voire de déflagration.
Fort de ce constat, le Président de la République s’est montré ferme : la logique tribale doit prendre fin, car elle contredit par principe l’État de droit.
Cette mesure révolutionnaire doit être saluée, vulgarisée, mais surtout appliquée. Et c’est là tout le défi, d’autant plus que l’expérience passée n’incite guère à l’optimisme.
Rappelons qu’une circulaire du ministre de l’Intérieur Mohamed Salem Merzough avait, à l’époque, interdit les réunions tribales sans jamais être respectée.
Aujourd’hui, le Président a parlé officiellement et a ordonné aux walis de veiller strictement à l’application des mesures prises.
Il en va, au final, de notre intérêt national et de notre cohésion sociale que cette vision révolutionnaire du Président de la République soit appliquée globalement et intégralement.
Nouakchott le 24-11-2025
Maham Youssouf
Source : Alioune Youssouf
