Visiblement, l’unité nationale, la cohésion sociale et le vivre-ensemble sont des thèmes récurrents dans les discours du Président de la République. On ne peut que s’en réjouir, tant le risque d’un péril en la demeure est latent.
Toutefois, en abordant ces questions, Monsieur le Président évoque des composantes nationales. Or, selon notre Constitution — elle aussi menacée de modification — la composition du peuple mauritanien est clairement définie et structurée autour de nos langues nationales. Il n’y est nullement question de composantes nationales, mais bien de langues reconnues comme fondement de notre identité collective.
Dès lors, s’il devait réellement y avoir une raison de modifier la Constitution, ce serait précisément pour lever cette ambiguïté, afin de mieux clarifier et consolider les équilibres de notre pacte social.
En effet, à première vue, cette approche constitutionnelle nous place face à deux ambivalences majeures liées à la langue arabe.
Premièrement, l’arabe est à la fois érigée en référent d’une composante nationale et consacrée comme langue officielle du pays, au motif qu’elle serait la langue de la majorité. Cette ambivalence légitime, de facto, une prépondérance communautaire frontale, source de la dérive discriminatoire que nous dénonçons aujourd’hui. Or, l’esprit de la Constitution appelle à une toute autre subtilité plus équilibriste: celle de constitutionnaliser les composantes et l’officialisation de la langue arabe non pas sur une base communautaire, mais en tant que langue de l’islam — notre religion commune — et parce qu’elle demeure, par ailleurs, l’unique langue nationale écrite.
Deuxièmement, la langue arabe est constitutionnellement à la fois une langue d’identification et un instrument d’invisibilisation communautaire. Elle est le référent d’une seule composante qui, dans les faits, se révèle en être deux : la composante haratine et la composante bidhâne. Cette dernière ambiguïté transparaît dans les récents discours du Président de la République, manifestement révélateurs d’une certaine gêne lorsqu’il insiste sur le fait qu’il n’est pas acceptable qu’une composante nationale s’arroge un droit spécifique, même si, pour certaines raisons, une composante peut bénéficier de mesures de discrimination positive. De quelles raisons s’agit-il ? De quelle composante parle Monsieur le Président ?
Chacun a compris qu’il fait allusion à la communauté haratine. Or, le fait même que la légitimité de cette composante semble avoir mis à l’épreuve la vigilance du Président et son sens de la mesure révèle les limites de l’approche actuelle. Dès lors, qu’on consacre donc constitutionnellement la composante haratine, afin de pouvoir en parler explicitement, sans détours ni euphémismes condescendants. Ce faisant, on rétablirait le primat du droit avant le recours à la discrimination positive.
Le 10 Février 2026
Mohamed Daoud Imigine
