Dans une société où patrimoine et identité s’entremêlent, une question qui résume les contradictions de la réalité mauritanienne fait surface : Comment se fait-il que des intellectuels appellent à la libération historique des hommes de l’esclavage, tout en refusant de reconnaître sa persistance dans le présent ? Comment se fait-il que le discours anti-esclavagiste devienne un slogan séduisant dans les forums, mais se transforme en tabou lorsqu’il s’agit de le démanteler sur le terrain ?
L’esclavage : Non pas un souvenir passé, mais une plaie saignante. L’esclavage en Mauritanie n’est pas un simple chapitre de l’histoire, mais un système social et culturel profondément enraciné qui s’est transmis de génération en génération par des mécanismes insidieux. La hiérarchie des « maîtres » et des « esclaves » est encore pratiquée sous des formes diverses dans les sociétés bezan, soninké et pulaar, même si elle est parfois revêtue d’habits modernes. Empêcher un groupe de construire des mosquées comme les autres ou de prier pour ses morts à la mosquée n’est que la partie émergée de l’iceberg des inégalités justifiées au nom de « coutumes » ou d’interprétations religieuses déformées. Continuer la lecture
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Mauritanie : La haine jusque dans la tombe !
Note de vigilance citoyenne, Nouakchott, avril 2025
1. Le 7 avril 2025, une foule rameutée par des haut-parleurs, ponctués d’Allahou Akbar, affluait dans un cimetière de la ville de Sélibaby, chef-lieu de la région du Guidimagha, pour applaudir l’exhumation de la dépouille de Souleymane Sow, ressortissant malien, enterré depuis peu. Excités dès l’avant-veille sous l’instigation d’imams fanatisés, des milliers d’habitants refusaient l’enterrement du défunt parmi les sépultures musulmanes, au motif qu’il se serait converti, de son vivant, à la foi chrétienne. Dans une ambiance de kermesse, en présence passive de l’administration civile, de la sûreté, de la gendarmerie et de la garde, le mausolée est détruit et le corps est traîné à travers ruelles, comme un trophée. Nul ne sait, à ce jour, quelle fut la destination dernière du trépassé.
https://youtube.com/shorts/7B1hwnAJvAk?si=j1bAxGibMW_Rk9IC
Briser les chaînes du tribalisme et de la féodalité pour libérer l’avenir de la Mauritanie / Par Mansour LY
La Mauritanie n’est définitivement pas une terre ordinaire. C’est une nation où les siècles se bousculent, où l’ombre pesante des tribus et des grandes familles cohabite difficilement avec les aspirations pressantes d’une jeunesse en quête d’équité, de liberté et d’avenir. Ici, tradition rime encore trop souvent avec exclusion, et modernité peine à dépasser le stade des discours.
Dans ce pays à la croisée des mondes, les hiérarchies héritées de l’histoire coloniale et précoloniale continuent d’exercer une emprise considérable sur le destin collectif. Même habillé de démocratie, l’État demeure prisonnier de clans familiaux et tribaux omniprésents, qui font et défont les carrières, attribuent les privilèges et verrouillent l’accès au pouvoir. Continuer la lecture
NIOFAR : un lanceur d’alerte, dans un pays à conscience inerte. Par Pr ELY Mustapha
« Lorsque le Sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt »
N’en déplaise à tous ceux qui depuis quelques jours dissertent sur l’absence de corruption en Mauritanie, ou sur les mesures prises pour lutter contre, ou encore sur la bonne foi des décideurs et par la même occasion cherchent à discréditer les dénonciations des sociétés qui quittent la Mauritanie à cause de cette gangrène, le constat reste accablant : la Mauritanie est bien un pays où la corruption a atteint des sommets inimaginables.
Ni un nationalisme primaire, ni un patriotisme de circonstance, ni un appel du ventre de conserver un emploi aussi éphémère que la politique qu’il sert, ne doivent servir à nier les réalités de la misère corruptive en Mauritanie. Ce serait un déni de conscience, qui, face aux dérives de son pays, justifierait l’injustifiable. Continuer la lecture
Au commencement était le thé… [Par Mohamed Salem Elouma]
Deux conquêtes se croisèrent sur notre espace géographique. Entre le thé et la coloniale, c’est notre boisson nationale qui eut le dessus. Des colons tombèrent sous son emprise et se plaignaient à chaque rupture de stock : « Dis donc, où sont les marchands de thé vert ? ». Sans le savoir, ils étaient en train de porter sur les fonts baptismaux un maître-mot qui allait faire carrière. « Thé vert » devint « Tévaye » et subit les dérivations usuelles du lexique hassanya.
L’ignorance mortelle, quand les mots pèsent ! [Par Maham Youssouf]

L’expression haratine Est par opposition aux Hratine du sud, est une expression de portée extrêmement dangereuse. Jouant sur l’émotion de cette notion gravissime, les auteurs n’ont pas mesuré ce que peut pèser cette vision étroite sur l’émancipation des membres de cette communauté, qui par le passé vivait les foudres de l’esclavage et aujourd’hui ses sequelles ( pauvreté et ignorance). Continuer la lecture
Donald Trump décline sa chasse au « wokisme » en s’attaquant par décret à l’histoire et à la culture
Donald Trump a signé un nouveau décret, jeudi 27 mars, visant à rependre le contrôle des programmes des musées du Smithsonian de Washington, qu’il accuse d’entretenir un « endoctrinement idéologique » racial. Continuer la lecture
Mauritanie | Le militantisme, nous et nos failles | Entre réalisme et idéalisme ! | Par KS

Après un bref et intime feedback sur une décennie de modeste observateur- acteur de l’écosystème militantiste mauritanien, je me convaincs à croire que nos compatriotes haratines engagés dans diverses initiatives militantes et lobbyistes à l’intérieur ou- et à l’extérieur du système étatique, peuvent constituer une grande source d’inspiration. Ils disposent d’une élite sociale, politique et militante qui n’est pas d’accord à 100% sur TOUT en termes de méthodologie, de tempo, de priorités phasiques, d’adaptation et de champs à investir quand, comment, par qui et avec qui….mais travaille intelligemment et sûrement pour une dynamique d’élévation sociale et politique qui force le respect. Et le collectif communautaire va en bénéficier directement ou indirectement…parce que l’Etat profond dans sa gestion de la chose publique veille par un commerce politique et une sorte de cooptation finement stratégique pour calmer et contrôler. Continuer la lecture
L’ESCLAVAGE MODERNE EN ARABIE SAOUDITE
Le royaume saoudien est devenu le cimetière des rêves de milliers d’Africaines, victimes d’exploitation qui enrichit les élites des deux continents. Le New York Times lève le voile sur ce système qui traite les femmes africaines comme des marchandises

Un système cynique de trafic humain prospère entre l’Afrique de l’Est et l’Arabie saoudite, entraînant la mort de centaines de femmes parties travailler comme domestiques. Une récente enquête du New York Times révèle que ce commerce lucratif et mortel est soutenu par des personnalités influentes des deux côtés. Continuer la lecture
Mauritanie : Un militant de l’égalité, de nouveau malmené
Sos Esclaves-Mauritanie vient d’apprendre, non sans inquiétude, l’arrestation et le dépôt à la prison civile de Nouakchott, de l’un de ses membres fondateurs, Ahmed Samba Abdellahi et ce depuis le 16 janvier 2025. Les autorités s’obstinent à le punir d’avoir publié, sur sa page Facebook, de récurrents témoignages qui démontrent, preuves à l’appui, les discriminations durant le processus de recrutement et de promotion du personnel de la fonction publique. D’ailleurs, les récents nominations au sein du corps diplomatique viennent confirmer la solidité de l’argument. A la faveur de ses écrits, – en langue Arabe – l’auteur s’insurge notamment contre la marginalisation des cadres issus de la communauté des descendants d’exclaves, groupe d’origine subsaharienne. Dans la Mauritanie des régimes militaires sous maquillage civil, l’engagement pour l’égalité raciale et linguistique est sanctionné comme une incitation à la haine. Continuer la lecture


