L’esclavage et son carcan religieux : Les Erudits font tomber le masque

L’esclavage et son carcan religieux : Les Erudits font tomber le masque  Après la Fatwa émise récemment par l’Association des Ulémas de Mauritanie, rendant désormais illicite les pratiques esclavagistes, plusieurs éminents érudits, dont Cheikh Mohamed Hacen Ould Deddew commencent à rétablir la vérité longtemps tue sur cette pratique. L’esclavage tel qu’il a été institué et codifié dans ce pays serait illégal depuis la nuit des temps. 

C’est ce constat, remettant en cause beaucoup de convictions dogmatiques, qui redonne aujourd’hui toute sa valeur au combat d’IRA et à l’autodafé symbolique des livres de Fiqh qui avait valu à ses militants un lynchage médiatique sans précédent en 2012, de la part des mêmes érudits qui reconnaissent maintenant leur très long silence coupable.

Le coup de fourmilière porté à la question de l’esclavage, par la radicalité du combat et les succès diplomatiques à l’international, serait à l’origine du florilège d’actions tous azimuts menées par l’Etat mauritanien ces dernières années. La question de l’esclavage a été imposée, contre vents et marées, à l’aune de l’actualité chaude de la Mauritanie, depuis qu’un certain discours antiesclavagiste initié par le mouvement IRA a fait son apparition sur le terrain du combat religieux.

Ainsi, aux mesures institutionnelles prises avec frénésie par l’Etat mauritanien pour se débarrasser d’un mal devenu insoutenable, l’onction religieuse sans laquelle le combat sera vain, a tardé à réagir. La Fatwa émise le 26 mars 2015 par l’Association des Ulémas de Mauritanie pourrait dans ce cadre être considérée d’historique, même si elle a manqué de courage.

Elle a été cependant prise dans une gêne si terrible que des érudits sortent peu à peu de l’ombre pour avouer le caractère illégal de l’esclavage tel que pratiqué depuis des siècles en Mauritanie. Pour Cheikh Mohamed Hacen Ould Deddew « l’esclavage qui a toujours été pratiqué dans ce pays n’a jamais été légal ni légitime sur le plan religieux » a-t-il confessé. Pourtant, jusqu’ à une date encore récente, il niait jusqu’à l’existence du phénomène en Mauritanie.

Ces aveux qui commencent à sortir des lèves des gardiens du temple de l’érudition sonnent ainsi comme une trahison qui a longtemps permis, et pendant des siècles, à des hommes d’en posséder d’autres, avec la plus grande cruauté. Pourtant, ce sont les mêmes qui défendaient encore en 2012 la sacralité de l’institution esclavagiste, qui en réfutent aujourd’hui les soubassements les plus religieux. 

Sur ce plan, le coup porté par le mouvement IRA à l’institution religieuse, à travers l’autodafé ouvrages de rite malékite, véritables livres de chevet des négriers, a été aussi salutaire. Ce fait symbolique qui avait fait trembler le socle de l’institution esclavagiste, et qui s’était ajouté aux combats de terrain troublant pour le sommeil des familles possesseurs d’esclaves, expliquent l’évolution rapide que l’éradication de l’esclavage a connu en Mauritanie.

A présent, les descendants d’esclaves qui représentent la frange la plus pénalisée dans l’histoire contemporaine du pays, sont en devoir de réclamer des réparations physiques et morales pour cette injustice historique aujourd’hui reconnue. A l’article 2 de la loi de 1981 qui exigeait la réparation des maîtres esclaves qui acceptaient de libérer leurs esclaves doit succéder un autre article dans la loi de 2007 modifiée, pour un devoir de mémoire et de réparation.

Comme les victimes de l’holocauste Nazie, les victimes de l’holocauste esclavagiste, dans toutes les communautés mauritaniennes, doivent avoir leur propre tribunal pour exiger de l’Etat mauritanien, cette juste réparation des torts commis par les anciens.

Cela passera sous la forme de projets de développement dans les zones de concentration de ces populations, la redistribution des richesses à travers le pouvoir régalien de l’Etat qui devra, au même titre qu’il a enrichi les aristocraties dominantes, de déployer les mêmes facilités d’accès au capital pour les franges issues des classes serviles.

Enfin, toutes ces déclarations et lois prises à la pelée ces dernières années doivent se matérialiser par des actes concrets, au risque de voir les efforts consentis se transformer en frustrations, porteurs de ressentiments et de révolte.

JOB
Source : L’Authentique (Mauritanie)