Des sit-in devant la présidence : un signe de mauvaise gouvernance?

Depuis des années, les mauritaniens ont pris l’habitude d’organiser des sit-in de protestation devant le palais de la République. Qui, pour réclamer l’eau, qui pour réclamer du travail, qui pour protester contre une décision, qui pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme étant une injustice etc. tout y passe à travers les banderoles. Pas une semaine qui passe presque sans y voir des mobilisations. Des diplômés chômeurs, des médecins chômeurs, ingénieurs chômeurs, des « licenciés abusifs », des déguerpis des gazra ou autres. Tous sont passés par là pour se faire entendre par le locataire du palais. Face au flot des protestataires, le palais avait chargé l’un de ses nombreux chargés de missions de rencontrer les mécontents pour recueillir leurs doléances en vue de leur traitement par les services de la présidence. Et c’est hélas sans résultats.

Ce phénomène des foules devant le palais a atteint son paroxysme sous le règne d’Ould Abdel Aziz et il témoigne de la mauvaise gouvernance des affaires publiques et de la confusion des rôles. Ils montrent, en effet, combien les ministres, les autorités administratives, censés représenter le président de la République ou les maires, dans une certaine mesure, sont délestés  de leurs prérogatives. Aucune autorité ne pouvait et peut-être ne peut toujours pas se hasarder de décider ou de trancher des litiges fonciers surtout sans l’autorisation du Palais. Les ministres de la République obéissaient au doigt et à l’œil au Palais. Certains vous l’avouent en aparté. Nous étions sous un régime trop centralisé, il trop restrictif des libertés et initiatives des ministres et des autorités administratives.

Alors face à cette situation, les citoyens qui se sont sentis lésés ne pouvaient se tourner que vers le président de la République, gardien de la Constitution. Paradoxalement, ces voies de recours sont tous restés vaines. Mêmes ceux qui ont écrit des lettres ouvertes ou ont eu la chance de rencontrer le Rais restent sur leur faim. Comme d’ailleurs les nombreux citoyens ayant profité des visites présidentielles à l’intérieur du pays pour remettre directement leurs doléances à l’hôte. On n’a jamais vu un président de la République sortir de son bunker pour aller vers des protestataires, excepté des manifestations de soutien politique, lors des coups de forces.

Quand il a décidé de se présenter à la dernière présidentielle, Ghazwani a promis, entre autres, de changer le mode de gouvernance et de rétablir les personnes lésées dans leurs droits. Ces engagements très forts contenus dans sa première déclaration à la Nation, le 1er mars 2019, quand bien même ils ont été bien accueillis par les mauritaniens, restent toujours à concrétiser. L’administration mauritanienne, qu’elle soit au niveau des ministères ou dans les régions reste toujours loin du citoyen. Un tour dans les ministères ou dans les directions de grands établissements publics ou de projets laisse perplexe. Retards, insouciance, manque de courtoisie voire de compétence sont le lot de cette administration, préoccupée souvent par le gain. Il est aujourd’hui très difficile pour un citoyen lambda d’obtenir son droit sans bakchich ou intervention d’un tiers. Etat civil, certificats médicaux, soins, une simple signature d’un document…Que dire alors des marchés qui brassent des millions voire des milliards. Dans ces derniers cas, il n’est pas étonnant de voir un gros patron décrocher son téléphone pour demander d’accélérer les procédures parce qu’au bout, il y a une commission. D’où cette gangrène de la corruption qui mine le pays. Comme l’impunité des contrevenants.

Le président de la République, qui vient de réitérer sa volonté ferme d’accompagner les conseils régionaux et donc les mairies dans le processus de décentralisation, se doit d’agir vite pour changer le mode de gouvernance. Donner aux  ministres et aux autorités administratives, les présidents des conseils régionaux mais également les maires, tous les moyens leur permettant d’accomplir leurs missions régaliennes. Faire de l’administration territoriale un outil de développement en la rapprochant davantage des citoyens doit cesser d’être un slogan comme tant d’autres. Les citoyens doivent s’adresser aux élus locaux puis les Hakems, ensuite les Waliset ensuite les ministres. Ces derniers, à défaut de trouver des solutions peuvent se référer au chef suprême, le président de la République. Cette hiérarchie doit être respectée et les interventions intempestives bannies à jamais.  Chaque jour on voit  les injustices qu’elles  créent à tous les niveaux : nominations à des postes de haut niveau, concours, examens, marché publics, emplois, licences de pêches voire permis de recherches…Il est de notoriété aujourd’hui qu’il est nécessaire de disposer d’un bras long pour décrocher certains sésames.

DL