L’auteur de cette lettre se réclame d’une posture exigeante et lucide. Pourtant, à la lecture attentive de son texte, une autre réalité apparaît : celle d’un propos qui, sous couvert de nuance et de hauteur intellectuelle, dissimule mal une forme de malhonnêteté.
D’abord, le choix même de la forme interroge. Adresser une lettre «ouverte» à une personnalité aussi accessible (surtout pour lui) que Biram Dah Abeid ne relève pas d’une nécessité de communication, mais d’un choix délibéré de mise en scène publique. Lorsqu’un interlocuteur est disponible, identifiable et connu pour sa p ههههroximité avec les citoyens, le recours à la lettre ouverte traduit moins un souci de dialogue qu’une volonté de médiatisation.
Ensuite, le texte adopte une stratégie bien connue : envelopper des accusations dans un langage soigné, au point de les rendre presque insaisissables. Parler de «responsabilité», de «modulation», de «désescalade», sans jamais assumer clairement les reproches formulés, revient à accuser sans avoir le courage de nommer. C’est une manière de suggérer sans dire, d’insinuer sans assumer.
Parler ainsi, c’est aussi se faire, consciemment ou non, le relais de discours qui ont toujours cherché à affaiblir les luttes progressistes. Des discours portés, bien souvent, par ceux-là mêmes qui, après avoir quitté ces combats, s’emploient à en saper les fondements en invoquant soudainement la modération, la complexité ou le compromis.
Car derrière cette apparente réflexion sur l’évolution des injustices en Mauritanie, se dessine une tentative de dilution. Réduire la centralité de certaines réalités historiques, les relativiser au nom d’une complexité nouvelle, c’est faire le choix de noyer le poisson. C’est déplacer le débat pour mieux en atténuer la portée.
Plus encore, ce type de discours semble chercher à rassurer une frange bien identifiée: celle des courants réactionnaires, aujourd’hui confrontés à une réalité politique qu’ils peinent à accepter. Face à la perspective de transformations profondes, face à l’ancrage irréversible d’une figure comme Biram Dah Abeid dans le paysage politique national, certains tentent encore de discréditer plutôt que de débattre frontalement. Mais cette stratégie, répétée et prévisible, montre aujourd’hui ses limites.
Il faut également souligner une méthode regrettable: reconnaître en apparence la valeur d’un engagement, pour mieux en contester ensuite la légitimité ou l’orientation. Cette technique, ancienne, consiste à saluer une trajectoire tout en introduisant, dans le même mouvement, des contre-vérités ou des lectures biaisées, habillées dans un langage élégant. Le résultat est un discours qui donne l’illusion de l’équilibre, mais qui, en réalité, déséquilibre profondément la perception du travail accompli.
Or, il ne s’agit pas ici d’un débat abstrait. Il s’agit d’un combat réel, porté depuis des années, avec constance et courage. Ce combat a permis des avancées concrètes, une prise de conscience nationale et internationale, et une transformation tangible du champ politique mauritanien.
Critiquer est légitime. Débattre est nécessaire. Mais encore faut-il le faire avec clarté, honnêteté et responsabilité. À défaut, le risque est grand de produire non pas une contribution utile, mais un discours qui entretient la confusion et fragilise, même indirectement, des luttes essentielles.
C’est pourquoi il est important de rappeler que la lucidité ne consiste pas à complexifier à l’excès pour diluer, ni à modérer pour plaire, mais à nommer clairement les enjeux, les responsabilités et les combats en cours.
Et sur ce terrain, les ambiguïtés ne servent ni la vérité, ni la justice.
Enfin, s’il est question de courage, il serait sans doute plus utile et plus exigeant de l’exercer là où il est le plus nécessaire: auprès de ses propres camarades de parti d’INSAV. Il y a là, à n’en pas douter, matière à réflexion, à remise en question, et à conseils urgents, tant leurs orientations, leurs façons de faire et leurs conduites des affaires de l’État ont un impact direct, immédiat et quotidien sur la vie de tous les mauritaniens, sans exception.
Car c’est précisément là que se situe la responsabilité la plus concrète. Et c’est aussi là que le courage politique prend toute sa mesure. En l’état, et au regard de la posture adoptée, Sneiba Mohamed ne semble malheureusement pas appartenir au camp de ceux qui doivent prodiguer des conseils mais plutôt à celui de ceux qui en ont besoin.
Youssouph KAMARA
Membre d’IRA-Mauritanie
Membre du Parti RAG
