Compte-rendu de mission de IRA France janvier 2020 en Mauritanie

Compte-rendu de mission de IRA France janvier 2020 en Mauritanie Une délégation d’IRA-France-Mauritanie s’est rendue à Nouakchott du 9 au 22 janvier 2020 sur invitation du député Biram Dah Abeid, Président de l’association non reconnue IRA-Mauritanie.

Elle était composée de Jean-Marc Pelenc, Président, Catherine Poivre d’Arvor, Présidente d’honneur, Bruno Canivenc, Secrétaire général et Marie Pelenc, Chargée d’organisation.

Elle avait pour objectifs de rencontrer un maximum d’associations de défense des droits humains, leurs dirigeants et leurs militants pour analyser la situation des droits humains aujourd’hui et étudier de futures coopérations, de rencontrer les autorités mauritaniennes pour leur faire part de nos préoccupations et prendre contact avec les représentations diplomatiques de pays ou organismes de l’ONU présentes à Nouakchott.

L’expulsion de Jean-Marc Pelenc, après sa sortie de l’aéroport, a été présentée par les autorités mauritaniennes comme un dysfonctionnement administratif en contradiction avec la volonté d’ouverture du nouveau pouvoir.

Elles ont invité Jean-Marc Pelenc à revenir en Mauritanie dès qu’il le souhaitait et ont déclaré que le pays était “ouvert aux visiteurs quels que soient leurs opinions, origines ou religions”. Nous déplorons vivement cet événement mais saluons ce nouveau discours.

Notre Président n’a pas souhaité revenir en Mauritanie pendant notre mission pour ne pas focaliser l’attention des médias sur sa situation. Il est vrai qu’un article diffamatoire publié sur le site d’El wian, traduit et repris par le site Adrar-infos, et un tweet lamentable d’une ambassadrice du Ministère des Affaires Etrangères, qui a démissionné depuis, avaient déjà montré que cette expulsion pouvait être une occasion de s’exprimer pour des opinions profondément réactionnaires et antisémites défavorables à l’avancée des droits humains en Mauritanie et ne s’embarrassant pas de grandes exigences sur l’exactitude des informations véhiculées.

Nous avons réagi à ces propos lors de notre conférence de presse du 15 janvier.

Notre délégation a pu longuement rencontrer les cadres dirigeants d’IRA ainsi que des militants des différentes sections de Nouakchott : la chaleur de leur accueil, la place faite aux femmes, le niveau d’analyse de la situation complexe du pays et la forte détermination à poursuivre leur combat de façon pacifique pour une Mauritanie libérée des discriminations racistes nous ont beaucoup impressionnés.

Le chantier est immense au vu de toutes les situations qui nous ont été décrites : esclavage par ascendance dans plusieurs communautés et esclavage moderne, impossibilité d’accéder au foncier même sur des terrains travaillés depuis des générations, difficultés extrêmes de se faire recenser pour beaucoup de Haratine ce qui entraîne par exemple l’impossibilité de voter et de scolariser ses enfants à partir du collège, stigmatisations à l’embauche une fois l’appartenance à IRA connue d’où des conditions de vie extrêmement difficiles…

Nous avons pu rencontrer de nombreuses victimes : d’anciens esclaves soutenus par IRA dans leur fuite, leur procès, leur scolarisation ou leur réinsertion parfois encore fragile, d’anciens prisonniers d’opinion que nous avions soutenus lors de leur incarcération qui ont pu témoigner des violences policières et tortures dont ils ont été l’objet pendant leur détention préventive et les mauvais traitements subis pendant leur incarcération.

Ils demandent justice alors que, jusqu’à présent, leurs tentatives de dépôt de plainte ont été refusées. Nos rencontres avec de nombreuses associations de défense des droits humains, petites ou grandes, nous ont permis en particulier de mieux connaître la situation de toutes les victimes du “passif humanitaire” et leur volonté, elles aussi, d’obtenir justice en demandant d’abord l’abrogation de la loi d’amnistie de 1993. La scolarisation et les droits des femmes sont également deux sujets de préoccupations importants.

Nous avons pu rencontrer M. Ould Hindy, Bâtonnier de l’Ordre des Avocats de Mauritanie, avec qui nous avons échangé sur les directions qui semblent les plus judicieuses pour faire appliquer certaines lois, telle celle sur la présence d’un avocat pendant la garde à vue qui n’est pas appliquée et éviterait bien sûr beaucoup de mauvais traitements.

Les entretiens très cordiaux avec M. Bouhoubeyni, Président de la Commission Nationale des Droits de l’Homme, et avec M. Ould Boukhreiss, Commissaire aux Droits de l’Homme nous ont permis de mesurer l’évolution du discours de cette autorité indépendante ainsi que celle du gouvernement. L’habituel déni des nombreuses violations des droits humains ne semble plus à l’ordre du jour.

Le gouvernement dit vouloir discuter des problèmes pour chercher des solutions, progressivement, avec la société civile et met en place des campagnes d’information et des modules pédagogiques sur les droits humains. On nous a annoncé une évolution prochaine vers un régime déclaratif pour les associations, ce serait peut-être enfin la possibilité de donner une existence légale à IRA-Mauritanie et au parti RAG dont les ancrages démocratiques ne peuvent être remis en cause.et pour lesquels le soutien populaire ne cesse de croître !

Les rencontres avec le Représentant du Haut Commissaire des Droits de l’Homme de l’ONU, l’Ambassadeur de France, l’Ambassadrice d’Allemagne, le Chef de Délégation de l’Union Européenne et la Conseillère politique de l’Ambassadeur des USA nous ont permis de partager des analyses sur l’évolution de la question des droits humains depuis l’investiture du président Ghazouani, en août dernier et de mieux comprendre certaines stratégies de ces acteurs.

Ce qui nous semble prédominer chez nos interlocuteurs est bien le soulagement de voir certaines pratiques du pouvoir précédent progressivement disparaître, l’envie d’accompagner les évolutions positives et l’attente d’actes concrets qui témoigneraient de cette volonté.

Dans les chancelleries, on semble faire davantage crédit aux nouvelles autorités que dans les associations mauritaniennes, mais tous disent vouloir accepter la main tendue et pressent le gouvernement d’apporter des améliorations concrètes vu l’importance du chantier !

Notre association s’inscrit bien sûr dans cette volonté d’accompagner avec vigilance les changements progressifs vers un plus grand respect des droits humains en Mauritanie, en particulier en ce qui concerne l’esclavage et les discriminations raciales.

La délégation d’IRA-France-Mauritanie

Source : IRA France Mauritanie