C’est ainsi qu’on dilapide l’argent public/Par Mohamed El Mounir

Une grande part du budget de l’Etat est dilapidée, au-delà de la surfacturation et des marchés de gré à gré, dans les missions pour assister à des réunions à l’étranger. Ces missions sont financées par le budget des « dépenses communes », dont le montant a augmenté de manière significative, ces dernières années. Géré par le secrétariat général du gouvernement, ce chapitre budgétaire sert à couvrir des dépenses de prestige, tels que les voyages officiels de cols blancs et autres cadres supérieurs de l’Etat, qui arrivent ainsi à «gagner », de manière discrète, l’équivalent d’un an de salaire pour financer ces escapades à des fins de villégiature et de shopping.
L’assemblée générale des Nations Unies en septembre et les sessions annuelles de la commission des Nations Unies pour les femmes sont, entre autres, des opportunités pour un groupe de fonctionnaires du ministère des affaires étrangères et d’autres départements ministériels, y compris la présidence, de voyager aux frais de la princesse, pour des périodes de dix à quinze jours, avec une indemnité allant jusqu’à 500 euros/jour.

Réunions de routine

Tout comme les sessions annuelles du Fonds Monétaire et de la Banque Mondiale, qui durent généralement deux semaines, auxquelles le ministère des affaires économiques envoie chaque année une forte délégation, alors que ces réunions de routine ne sont pas destinées à discuter de la situation des pays. Dans les meilleurs des cas, et moyennant beaucoup de lobbying, notre ministre des affaires économiques pourrait avoir une entrevue de 30 minutes avec un directeur de département au FMI ou à la BM, le temps d’une photo pour le site web.
La situation aurait été différente s’il s’agissait des réunions d’organismes tels que le Conseil des droits de l’Homme, lorsqu’ils ont programmé de traiter le dossier de la Mauritanie. A ce moment-là, il pourrait être justifié d’envoyer une délégation restreinte, de 3 à 4 personnes, en sus des membres de l’ambassade à Genève, pour représenter notre pays, mais seulement pour un ou deux jours afin de prendre part à la présentation du rapport national, et pas pour le reste de la session, ni avec une escouade de hauts fonctionnaires, qui n’assistent que très peu aux réunions et passent le plus clair de leur temps à faire du tourisme ou du shopping.
A titre d’exemple, la présentation du rapport national lors de l’examen périodique universel devant le Conseil des droits de l’Homme, y compris le rapport alternatif de la société civile, prend une ou deux heures. Inutile alors que la délégation reste pour toute la durée de la session. Le commissaire aux droits de l’Homme et un directeur, appuyés par l’ambassadeur à Genève et ses conseillers, seraient largement suffisants pour représenter notre pays pendant deux jours, tout au plus.


Dépenses inutiles

Dans le contexte d’un pays pauvre, aux ressources limitées, des efforts soutenus devraient être fournis pour faire la chasse à ces dépenses inutiles. A ce titre, il faudrait commencer par réduire au strict minimum le budget des dépenses communes. Les économies ainsi réalisées seraient réinvesties dans les services sociaux ou dans des projets de développement, afin de construire des écoles, des centres de santé, des kilomètres de réseau routier, ou financer des emplois au profit des plus défavorisés.
Il faudrait commencer par ne plus envoyer de délégation pour les réunions récurrentes, où l’on ne discute pas les dossiers des pays, pour lesquelles la participation à distance devrait être privilégiée. A défaut, nos ambassades pourraient être mises à contribution pour représenter le pays à ces réunions plus ou moins superflues.
Concrètement, il faudrait réduire le nombre de conférences auxquelles le pays est représenté, mais aussi le nombre des membres des délégations, ainsi que la durée des missions. Il conviendrait également de réduire le niveau des perdiem, en l’alignant sur les standards internationaux, comme ceux des Nations unies et autres organisations internationales, dont le taux est considéré comme largement suffisant.
Par ailleurs, toute mission, y compris à l’intérieur du pays, devrait être dûment justifiée, avec un contrôle d’effectivité rigoureux pour s’assurer qu’elle est nécessaire et qu’elle a bien eu lieu. De même, on devra s’assurer de la soumission systématique de rapports de mission et de factures justificatives. A ce titre, de nombreuses missions à l’intérieur du pays sont également inutiles, surtout que les Wali et les Hakem peuvent s’en acquitter, ce qui aiderait à revaloriser le rôle de l’administration locale, aujourd’hui gommé par la propension des hauts  responsables à voyager, les empêchant de jouer leur rôle d’animateurs du développement local. On pourrait même, s’il existe une volonté politique suffisamment forte, proclamer un moratoire des voyages officiels pendant un an, ce qui permettrait, outre les économies réalisées, d’encourager les hauts fonctionnaires à se focaliser sur leur véritable mission.
Il n’y a pas, comme on dit, de petites économies et tout effort de réduction du train de vie de l’Etat peut contribuer à sortir davantage de citoyens de la misère. On l’a souvent dit et répété, notre défi principal n’est pas tant celui du déficit de ressources, que celui de leur allocation optimale. Telle est l’équation que nos gouvernants n’arrivent pas à résoudre.