À 3 heures du matin, ce 23 juin, le candidat de la majorité, le général à la retraite Mohamed Ould Ghazouani a annoncé devant ses soutiens sa victoire à la présidentielle. Réunie à huis clos dès 10 heures ce matin, l’opposition a élaboré sa stratégie.
Et l’homme de l’ombre fut propulsé dans la lumière. Dans la nuit du 22 au 23 juin, Mohamed Ould Ghazouani s’est proclamé vainqueur de la présidentielle, devant plusieurs centaines d’invités (ministres, cadres du parti, soutiens…), réunis au Palais des congrès.
Le candidat de la majorité a passé la soirée auprès de son proche ami, le président Mohamed Ould Abdelaziz. Tous deux se sont isolés de l’assistance, avec leurs épouses, le Premier ministre, Mohamed Salem Ould Béchir, et les ministres Mohamed Abdel Vetah (Pétrole) et Seyedna Ali Ould Mohamed Khouna (Fonction publique).
98 % des résultats dépouillés
Ils ont suivi minute par minute la remontée des résultats, les yeux rivés sur leur téléphone. Selon les résultats provisoires, à l’heure où ces lignes sont écrites, sur la base de 98 % des résultats, l’ex-chef d’état-major serait crédité de 52,4 %. Le taux de participation s’élèverait à 62,7 %. L’écart entre Sidi Mohamed Ould Boubacar (17,8 %) et Biram Dah Abeid (18,6 %) serait très faible, à peine quelques centaines de voix.
Kane Hamidou Baba aurait convaincu 8,6 % des électeurs et Mohamed Ould Maouloud, 2,4 %, un coup très dur pour le patron de l’Union des forces de progrès (UFP). Enfin, Mohamed Lemine El-Mourteji El-Wavi obtiendrait 0,2 %. « Ghazouani a obtenu des informations, il a le droit de les utiliser et de les transmettre, soutient un membre du premier cercle présidentiel. C’est une tradition dans tous les pays. Macky Sall a fait la même chose il y a deux mois ! »
Les chefs de l’État mauritaniens ont toujours proclamé eux-mêmes leur victoire. Ce fut le cas de Maaouiya Ould Taya, en 1992 et 2003, de Sidi Ould Cheikh Abdallahi, en 2007, et de Mohamed Ould Abdelaziz, en 2009 et 2014. « Eux étaient dans une gestion unilatérale du pouvoir, il n’était pas censé y avoir un passage de témoin ! réagit Lo Gourmo, premier vice-président de l’UFP. Ce qu’il s’est passé cette nuit est extrêmement grave, ils auraient dû laisser les choses se dérouler normalement. »
Afin de mettre au point leur stratégie, quatre des cinq candidats de l’opposition se sont réunis à huis clos de 10 heures (de Nouakchott) à 13 heures au siège de campagne de l’UFP – Mohamed Lemine El-Mourteji El-Wavi n’a jamais pris part à leurs discussions.
Biram Dah Abeid se pose en leader
Selon nos informations, ils ont confronté les chiffres qui leur ont été transmis par chacun de leurs représentants, avant de décider d’appeler les Mauritaniens à manifester.
Lors de la conférence de presse qui a suivi, Biram Dah Abeid a longuement pris la parole, semblant vouloir s’imposer comme le nouveau leader de l’opposition. « Un duo de généraux s’est accaparé le pouvoir, à l’issue d’un processus électoral conduit unilatéralement par le pouvoir au profit de son candidat, a lancé le chef de la coalition IRA-Sawab. La Ceni et le Conseil constitutionnel sont issus de leurs rangs ! »
« Ce scrutin n’exprime nullement la volonté du peuple mauritanien », a complété Sidi Mohamed Ould Boubacar, qui assure que tous détiennent la « quasi-totalité » des procès-verbaux. Mohamed Ould Maouloud n’a publiquement prononcé que quelques mots. « Ce coup d’État électoral est dirigé contre un seul ennemi à abattre, l’UFP alliée au RFD d’Ahmed Ould Daddah, confie-t-il dans le calme retrouvé d’un petit salon. Le pouvoir a cherché à nous humilier, je suis gravement préoccupé pour notre pays. »
À l’heure où nous écrivons ces lignes, des échauffourées sont en cours dans le quartier d’Arafat (sud de Nouakchott), tandis que la ville est quadrillée par la gendarmerie.
Par Justine Spiegel – envoyée spéciale à Nouakchott
Source : Jeune Afrique

Les résultats de la présidentielle sèment la discorde, en Mauritanie.
A la tombée des résultats du premier tour de l’élection élection présidentielle du samedi 22 juin, des jeunes sont sortis en masse, ce dimanche, dans les rues des quartiers de sebkha, (Nouakchott-Ouest) et El Mina, Arafat et Riyad (Nouakchott-Sud) pour dénoncer ce qu’ils qualifient d’une « mascarade électorale ».
Des heurts entre la police et les sympathisants du candidat, Biram Dah Abeid (Bda), suivis de casses de boutiques ont émaillé la fin du scrutin présidentiel dans notre capitale économique, tient-on de sources locales.
Des unités de la gendarmerie, de la police et de la garde se sont déployés dans certains quartiers de la capitale, Nouakchott, alors que des manifestations ont éclaté dans les villes de Nouadhibou et Nouakchott, en concomitance avec l’annonce des résultats définitifs des élections présidentielles, dominées par le candidat Mohamed Ould Ghazouni, suivi du candidat Biram Dah Abeid, classé deuxième.
La direction de campagne du candidat Biram Dah Abeid a qualifié l’annonce des résultats de l’élection présidentielle par l’un des candidats avant la Céni, « d’une atteinte à la loi et d’un fait révolu ».
Après la victoire autoproclamée de Mohamed Ould Ghazouani à la présidentielle mauritanienne, les candidats de l’opposition ont déclaré ce dimanche 23 juin rejeter les résultats, avant même leur publication officielle par la Céni.
Les quatre candidats de l’opposition mauritanienne seraient en réunion à huis clos dans un siège de campagne à Nouakchott et cela quelques heures après la fermeture des centres de vote, nous rapportent des sources.
La succession du président Mohamed Ould Abdel Aziz déchaîne les passions chez les électeurs mauritaniens. Ceux-ci se sont massés devant les bureaux de vote pour se prononcer lors d’un scrutin très ouvert.