Chroniques des années Ould Abdel Aziz V: “Nous sommes déjà dans l’impasse, le dos au mur”

Le  nouveau Président qui sera élu en Mauritanie est concerné par ce bilan économique des années Ould Abdel Aziz. Il en sera, en effet, l’héritier direct  et naturel. Ce dont nous venons de parler porte sur un bilan de clôture, une synthèse des résultats de  la gestion  du Président sortant. Ce bilan sera, pour le Président élu un bilan  d’ouverture, celui  de sa ligne  de départ, sans une ouguiya de plus, ni  de  moins,  tant à l’actif qu’au passif.

Le Président  de cette ère décennale et ‘’son parti politique’’ semblent recommander, avec insistance,  à leur candidat de prédilection de continuer sur la voie suivie  par eux, de suivre (en arabe) leur « nahj ».

“continuer  le  nahj  économique du Président MOAAZ et de son Gouvernement ne pourrait  que conduire  à l’ensevelissement pur et simple de l’économie mauritanienne.”

Je ne me prononcerai pas sur ce qui pourrait  s’apparenter à une idéologie de  parti ou à ce  qui aurait  trait au caractère des individus ou à leurs relations interpersonnelles, ni à la personnalité  des uns et des autres.  Car chacun est libre d’adopter l’idéologie de sa préférence, de prendre les positions politiques et   électoralistes de son choix.

Notre propos, ici,  est économique, il se rapporte à la politique économique. A l’opposé de la ‘’Politique’’ qui est faite  de mots et de discours intarissables et presque sans coûts, d’élasticité et de souplesse d’adaptation, l’Economie a ses lois objectives, rigides, contraignantes….

La rareté qui  caractérise l’Economie   et la nécessité de tendre vers des équilibres, difficiles à atteindre sans la maîtrise de ses techniques, de ses  sciences  et  le respect des lois qui la régissent, en sont des les traits dominants et qui la distinguent de sa sœur jumelle, la Politique.

Au  regard du  bilan que nous venons d’analyser, continuer  le  nahj  économique du Président MOAAZ et de son Gouvernement ne pourrait  que conduire  à l’ensevelissement pur et simple de l’économie mauritanienne.

Nous sommes déjà dans l’impasse, le dos au mur. Vouloir continuer le nahj  azizois,   suivre  ses traces, même par celui qui sait bien les identifier   et les aimer, c’est courir vers la catastrophe économique et financière  et, par ricochet,  politique et existentielle. Sans exagération aucune, et pour bien comprendre la situation économique actuelle, nous dirons que la gestion de l’économie, pendant les dernières années,  mais celle-ci, aujourd’hui, au bord du précipice.

Continuer dans la  même voie  équivaut à faire le pas fatidique, à tomber dans le gouffre et, au mieux,  à faire  saut dans  l’inconnu.    Nous avons déjà mis le doigt sur les clignotants (tous  au rouge) et démontré que toutes les lignes rouges ont, elles aussi, été franchies.  On ne peut  plus, en conséquence, et je le répète, avancer sur cette voie!

Au cours du dernier mandat, le  Président actuel, avec l’appui effervescent  de son Ministère de l’Economie et des Finances au carré, a  fait drainer efficacement, vers lui,  les liquidités internes et externes  de toutes les sources possibles et imaginables, de manière intense et à  grande vitesse, en sur – endettant  le pays jusqu’au nez,  afin d’acheter, à l’étranger, des équipements lourds et coûteux  dans le but  de  « réaliser, pour la première fois, des chantiers grandioses et jamais envisagés avant lui depuis l’Indépendance», telle est la quintessence de sa  politique économique, tel était, son alibi, son  « nahj ».

“Aucun bailleur  de fonds ne voudra plus  prêter des capitaux à ce  Pays « sous  développé , pauvre et appauvri », à «gouvernance économique préoccupante» et  dont l’endettement   équivaut  à 100% de son PIB.”

Quant aux  intentions et  projets d’investissement du Président qui sera élu, s’il envisage de suivre le même « nahj», ils s’écraseront vite sur la montage de  dettes externes  sans que  le  niveau déjà  très élevé de  la  de pression fiscale, jamais atteint auparavant et le niveau très bas de réserves ou provisions, ne  puissent permettre un quelconque financement.

L’endettement auprès de la Banque centrale qu’on aurait découvert récemment ne peut que réduire davantage  la  marge de manœuvres du futur Président, le recours à la planche à billets.

En réalité,  tous les plafonds  ont été  crevés  par ses  prédécesseurs qui ont réduit à néant toutes les possibilités  d’action de leur de leurs successeurs : Capacité d’endettement du pays, nulle ! Capacité de remboursement  très limitée !

Aucun bailleur  de fonds ne voudra plus  prêter des capitaux à ce  Pays « sous  développé , pauvre et appauvri », à «gouvernance économique préoccupante» et  dont l’endettement   équivaut  à 100% de son PIB.

On sait que le taux d’endettement du  Continent africain qui est jugé  très  élevé par les agences internationales, ne représente, en moyenne, que 60% de son PIB.

Que va-t-il  nous arriver  si  un prêteur qui, pour des raisons irrationnelles ou inavouables,  s’aventure à nous accorder de nouveaux prêts, malgré notre niveau de  surendettement, pour financer des chantiers nouveaux ou finir des « réalisations »  inachevées,  dans le cadre de la continuation  de la politique économique suivie  jusqu’ici, c’est-à-dire  en suivant le fameux   nahj, décrit plus-haut ?

On n’a pas besoin d’être prophète  pour le savoir!

Voici ce qui nous adviendrait si nous obtenions des financements additionnels!

1-            Le taux d’endettement va commencer à dépasser les 100% du PIB, nous risquons alors d’être le pays africain le plus endetté et de nous retrouver parmi  les 10 ou les 5 premiers pays les plus endettés  au monde.

2-            Il s’ensuivra un service annuel de la dette  qui va engloutir une part insupportable  du  Budget de l’Etat.

3-            Cela   va creuser davantage  le déficit budgétaire.

4-            Ou nous serons dans l’obligation d’évincer et interdire des dépenses de fonctionnement ou d’investissement essentielles.

5-            l’Etat paiera annuellement  plus d’argent à ses créanciers étrangers  qu’à ses propres fonctionnaires.

6-            L’Achat, à l’Etranger, des équipements et matériels lourds, nécessaires à la réalisation des ‘’chantiers’’, va creuser davantage le déficit de la Balance commerciale et de la Balance des paiements qui connaissent un énorme déséquilibre structurel, « des trous » aux   profondeurs inégalées,

7-            Ce qui, en plus de son effet négatif sur la croissance économique,

8-            va agir négativement sur le cours externe de la monnaie dans un pays qui importe tout ce qu’il consomme et ne couvre qu’une infirme partie de ses besoins alimentaires,

9-            La baisse de la monnaie va renchérir le prix des produits importés, y compris les produits alimentaires et de grande consommation,

10-         ce qui va impacter le pouvoir d’achat et le niveau de vie des populations déjà  paupérisées.

11-         Le taux de l’inflation ne peut qu’augmenter dans ce contexte.

Tous ces facteurs réunis, et d’autres que nous n’avons pas cités, pour ne pas trop vous ennuyer, vont provoquer une décote de la Mauritanie, affecter son image et donc rendre encore plus difficile et plus coûteux son accès au financement des projets d’investissements du type «réalisations du  fameux « nahj».

“N’importe quel nouveau Président  cherchera immanquablement, qu’il le veuille ou non,  à sortir du cercle vicieux hérité du bilan de son prédécesseur, pour concevoir une autre politique, pour déminer le terrain économique et négocier de nouveaux  accords bilatéraux et multilatéraux avec ses partenaires économiques et financiers.”

Vous voyez que c’est le serpent qui se mord la queue, que nous revenons à note point de départ parce que nous tournerons, si on suit cette voie, dans un cercle vicieux.

Continuer à tourner dans ce cercle vicieux ne fera qu’aggraver le déclin et les crises.

Il faut sortir de ce cercle vicieux, en abandonnant le nahj et envisager un chemin totalement opposé dans l’espoir de s’engager dans un autre cercle, le cercle vertueux. Mes étudiants pourront vous confirmer que je n’invente pas ces notions de cercles, les études empiriques et les sciences économiques, les enseignent.

N’importe quel nouveau Président  cherchera immanquablement, qu’il le veuille ou non,  à sortir du cercle vicieux hérité du bilan de son prédécesseur, pour concevoir une autre politique, pour déminer le terrain économique et négocier de nouveaux  accords bilatéraux et multilatéraux avec ses partenaires économiques et financiers.

Le  Président qui sera élu aura besoin, pour ce faire,  d’une période de grâce durant laquelle  ses partenaires sociaux et ses adversaires politiques lui laisseront ce  temps de répit,   pour  concevoir dans la sérénité, et en connaissance de cause,  une nouvelle  politique économique.

“Dire à un Président, fraîchement élu, de  suivre une voie, un chemin sans issue,  sans provisions, sans crédit, sans crédibilité, bref non  bancable,  équivaut  à lui proposer de sauter  dans le gouffre, après lui avoir passé service au bord du précipice!!”

Les candidats  à l’élection présidentielle devraient insérer dans leur programme électoral  un engagement  sur leur honneur de respecter cette période de grâce  de 6 mois à un an, dans l’intérêt de leur pays fragilisé et à bout de  souffle, économiquement et financièrement. On dit que le politique suit l’économique. En tout cas, dans le cas présent, cela est indispensable.

Le moratoire économique et une période d’accalmie politique ne peuvent qu’aller de pair pour que le pays puisse se  mobiliser afin de  relever    les défis financiers , au moins, et obtenir un minimum de ressources pour réaliser un minimum  de choses et de promesses électorales  et pour  mettre de l’ordre dans la maison Mauritanie. La  paix, la stabilité et même la survie de notre pays,  dans  l’alternance, sont à ce prix !

Dire à un candidat de battre campagne et brandissant  le  bilan économique dont nous venons de mesurer le passif et les effets destructeurs passés, présents et futurs, n’est pas le servir électoralement,  aujourd’hui, ni politiquement, demain !

Sa Majesté le Roi HASSANII (qu’ALLAH accueille son âme Chérifienne dans son VIRDEWSS), n’avait-il pas, par exemple, dans son testament, recommandé à son Héritier  Sa Majesté le Roi Mohamed VI (Q’ALLAH lui prête longue vie, avec une bonne santé) de changer, après lui, de Politique?

Dire à un Président, fraîchement élu, de  suivre une voie, un chemin sans issue,  sans provisions, sans crédit, sans crédibilité, bref non  bancable,  équivaut  à lui proposer de sauter  dans le gouffre, après lui avoir passé service au bord du précipice!!

La substance économique, les potentialités financières, mobilisables à court  terme, et les liquidités ont été totalement  siphonnées au terme de cette « ère  aziziennes ».

Tous les soldes des grands comptes sont négatifs. La gestion a laissé des trous profonds. Le futur Président, en dirigeant son pays, aura à se mouvoir, entouré de fosses, de  trous profonds.

Il aura besoin de tout son sens de l’orientation, de toute sa prudence et de toute la lumière de la transparence.

Nous constatons, ici, à titre anecdotique et  toutes proportions gardées, par ailleurs, qu’il  y a des ressemblances, des parentés  entre la situation du Président qui sera élu, lui et ses électeurs qui attendront  la réalisation de ses promesses, avec les créanciers  de la machine  à endettement de Mr C . R de  Teyssir qui attendent les paiements de leurs créances : deux machines,  de puissances, peut -être,   inégales, mais qui fabriquent le même produit, le surendettement !

” l’endettement et les déficits de la SNIM et de la Mauritanie  sont des trous invisibles qui  menacent   la  première entreprise nationale  dans son existence, déséquilibrent et  ébranlent  la stabilité du pays et donnent des vertiges aux économistes et aux analystes financiers  nationaux et internationaux…”

Le but unique de cette analyse  but vise à  sensibiliser  le peule mauritanien, ses élites, les Candidats à la prochaine Election présidentielle, le Gouvernement qui va nous quitter sur l’ampleur de  ce   que  je viens de découvrir en préparant cette interview, à la veille d’une campagne électorale et d’un  éventuel transfert de pouvoirs.

Le peuple et, même certaines élites non spécialistes, n’étant ni économistes  ni financiers, ne voient  que le « Visible»,  le physique, et jamais « l’Invisible » : les comptes économiques et financiers de a Nation!

Notre devoir est de les éclairer, comme nous le pouvons.

Dans les domaines de l’Economie et des  Finances,  on ne doit pas  séparer le visible de l’invisible.

L’immeuble SNIM  à N  étages, au centre de la ville de Nouakchott,  l’Aéroport aux deux millions de passagers et son mitoyen Palais international des congrès  flambants neufs  et sans pareils,  les routes goudronnées aux chaussées bitumées et  éclairées de jour  comme de nuit, sont très visibles et nous impressionnent : de grandes  réalisations de MOOAZ.

Par contre, l’endettement et les déficits de la SNIM et de la Mauritanie  sont des trous invisibles qui  menacent   la  première entreprise nationale  dans son existence, déséquilibrent et  ébranlent  la stabilité du pays et donnent des vertiges aux économistes et aux analystes financiers  nationaux et internationaux, ce dont  le peuple et les Chefs  qui ont bâti ces chantiers ne  se rendent pas compte, tout comme ils semblent ignorer la profondeur des trous financiers invisibles qu’ils ont creusé, ce faisant, et qui risquent de tout engloutir.

La relation entre ces Visibles et ces  Invisibles  va rappeler  à mes compatriotes  ce que je ne traduirai pas aux « autres »,  par pudeur, pour ne pas blesser celui qui n’a  jamais hésité à blesser notre amour propre, et  par fierté personnelle : «l’histoire de Moundrich et de Elmarhouma, Mint Stayli » !

D’aucuns  pourraient   rétorquer  qu’il y a  du gaz  ‘’en l’air’’,  découvert récemment dans les eaux sénégalo- mauritaniennes qui permettra de combler les déficits, les trous, et même, de faire décoller l’économie mauritanienne.

A ceux là, je ne saurais  répondre  que par des vœux et des prières: Amine INCHALLAh, pour 2022 !

Quant à la comptabilité et à l’Economie, en vertu d’un principe de prudence, précédée en cela par le Loup dans notre fable « GABOUNE/CHARTAT », ils n’acceptent d’enregistrer dans leurs comptes que des recettes effectives, après leur  encaissement.

En attendant, serrons  les ceintures, notre situation   économique et financière future  sera beaucoup plus difficile  que la présente, à cause des conséquences qui ne finissent pas de finir  du nahj suivi au cours de la dernière décennie.  Ayons pitié, compréhension, compassion pour le futur Président qui doit, à son tour, nous rendre la pareille.

Notre adage, confirmé par les sciences financières, dit : «L’argent ne se mange pas par deux fois ». J’ajouterai que, quand il ne fait pas partie de nos fonds propres, il faudra un jour ou l’autre, le rembourser, ce qui viendra en soustraction de  nos  revenus  et amputera notre pouvoir d’achat.

Soyons patients et travailleurs, et tirons les leçons de ce que nous venons de vivre et d’endurer.

Enfin, permettez moi de dire, qu’en établissant ce diagnostic, basé sur les chiffres dans les rapports  des bailleurs de fonds internationaux, je ne cherche pas la faute, mais le remède.

Je vous livrerais  prochainement des réflexions  inspirées par ce diagnostic, en me mettant dans un état constructif.

« Ce n’est pas ce qui nous arrive qui distingue nos réussites ou nos échecs. C’est la façon dont nous le percevons et dont nous réagissons qui change tout».

fin 

 

*Dr Mohamed Ould Mohamed El Hacen est économiste et professeur d’université

Source: Initiative News