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Lettre à Mohamed Yehdhih Ould Breideleil

Très cher Maître Mohamed Yehdhih, je vous salue.

Il y a quelques années, un célèbre homme politique mauritanien me parlait de vous en aparté et avec autant d’estime, pour vos capacités intellectuelles, que de certitudes que les appels à la désobéissance, qu’il vous arrive de lancer  à travers la presse, sont osés, opportuns et toujours salutaires.

Quand Ould Breideleil écrit dans les médias, ne cessait-il de me répéter sur un ton de confidence, comme pour donner une charge émotionnelle à ses révélations, il faut s’attendre à deux choses : un plan d’urgence et un coup d’Etat.

En lisant un posting sur votre compte facebook, où le caractère d’un chameau sert de support à un message implicite de mise en garde adressé au pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz, je me suis rappelé les propos de cet homme, même si le chameau en question n’aborde qu’un aspect de la problématique évoquée et reste, par conséquent, peu illustratif de votre goût prononcé pour la symbolique et pour les échanges privilégiant l‘intelligence et la finesse de style.

Par ailleurs, j’avoue n’avoir pas pris très au sérieux cet homme, même si je sais que les voies du seigneur sont impénétrables, en même temps qu’il est de notoriété publique que vous avez des ramifications au sein de l’armée, mais de là à vous imaginer fomenter des complots ourdis devant un parterre d’officiers, avec  pour seule finalité d’en amener un au pouvoir et d’en évincer un autre, il y a un pas que je me refusais de franchir avec l’allégresse qui semble animer votre admirateur.

Des rectifications qui se succèdent

Le respect que j’ai pour votre droiture, la considération que j’ai pour votre clairvoyance et la confiance que j’ai en votre aptitude d’observer et de comprendre la vie nationale, m’interdisent de vous situer sur l’échelle de cet esprit de conspiration qui caractérise nos élites et préside au changements des régimes politiques, depuis plus de trente ans.

Ceci étant et, en prenant, bien entendu, soin d’y mettre les formes, je fis savoir à l’homme politique, qui me toisait du regard fier de celui qui persuade, que je ne partageais pas sa compréhension des choses.

Je fis toutefois appel à toutes mes ressources de savoir faire afin de réfuter son avis, sans pour autant le froisser dans les analyses politiques, qu’il estime être son domaine de prédilection et la spécialité acquise de sa longue carrière administrative.

J’étais, cependant, loin d’imaginer la riposte dont il était capable et surtout les arguments, dont il sait user avec forte illustrations, ne laissant à son interlocuteur d’autres choix que d’en admettre la pertinence ou de se couvrir de ridicule, en essayant d’esquiver des faisceaux de vérité, qui semblent découler de la dialectique de la raison, telle que comprise dans le concept d’Aufklärung.

J’étais, en effet, désemparé quand il m’évoqua vos articles « Où allons-nous » et le plan d’urgence qui s’en est suivi et qui avaient mis en branle le compte à rebours des jours du régime Taya. J’étais également surpris par la cohérence et l’agencement des événements, quand il plaça dans la même logique, vos articles « Evitons l’Infamie » et le fameux PSI, qui déclenchèrent le début de la fin de  celle, plus complexe de SIDIOCA, en raison de la légitimité dont il se prévalait.

Selon cet observateur averti, vos articles, que certains ont tendance à classer dans le compartiment des digressions, souvent creuses, auxquelles nous ont habitués nos grands intellectuels, édictaient, en direction de forces mystérieuses,  que le régime dont ils passent au vitriol les griefs, doit tout simplement et sans autres formes de procès, être renversé.

En d’autres termes, il vous prête la possibilité de décider et de commander, de façon péremptoire, la mise à mort des régimes et la mobilisation de la rue en faveur de leurs tombeurs, le temps de faire avaler à l’opinion publique et aux partenaires étrangers, les couleuvres des rectifications qui se succèdent et se ressemblent, dans la médiocrité depuis 1978.

Ses arguments étaient certes convaincants et l’approche dont ils procèdent, raisonnable, même si l’on s’étonne qu’elle obéit au principe de la lutte de classe, que les Baathistes semblent avoir emprunté aux communistes et adapté à l’armée, en abordant cette dernière, par la base de la pyramide hiérarchique. Un emprunt fait sûrement à leurs corps défendant, mais largement justifié pour les besoins d’une cause et surtout pour ceux d’un projet, qu’ils n’ont jamais pu réaliser que dans ses phases préliminaires.

On peut donc déduire des interventions qu’on vous prête à tort ou à raison et sans la moindre considération de préjugés de ma part, que les putschs que vous concoctez à l‘effet d’arriver au pouvoir ou d’en tirer les ficelles en arrière-plan, finissent toujours par vous échapper dans leur phase d’aboutissement.

Conseiller occulte

Les officiers sur lesquels vous jetez votre dévolu, arrivent chaque fois à vous écarter au dernier moment et à désactiver votre capacité de ‘’nuisance’’ en vous confinant dans un rôle de conseiller officieux, voire occulte, qui tranche certes avec  votre envergure et votre dimension d’homme d’Etat, mais qui s’adapte parfaitement bien à la discrétion et  la clandestinité qui occupent une place de choix dans vos méthodes de lutte. Il semblerait d’ailleurs que vous vous en accommodez toujours et mettez à profit l’accalmie qui s’en suit pour réorganiser vos réseaux et vos troupes afin d’envisager, en toute quiétude, le putsch suivant.

Il semblerait aussi que votre rôle de conseiller a été redynamisé lors du dernier voyage du président Aziz au Tiris Zemour, quoique les points de vue divergent sur les raisons qui ont conduit le pouvoir à y recourir au lieu de se référer au savoir-faire de Moudir Ould Bouna et d’Abdallahi Ould Hormtalla.

Si pour certains, ce recours à vos talents, élargi à certains barons du système Taya, a été fait dans la perspective de faire passer la révision constitutionnelle et d’étouffer la tendance aux défections initiée par les sénateurs, pour d’autres, il s’agit de conjurer les effets dévastateurs de vos articles et des plans d’urgence qui leur succèdent et dont le pouvoir sait que les ingrédients sont désormais réunis, au plan politique…alimentaire et nutritionnel.

Si d’autre part, beaucoup d’observateurs pensent que la dernière sortie médiatique du président Aziz, porte la griffe de ses conseillers dans le domaine, car elle cadre à merveille avec l’image que ces derniers nous renvoient et dénote de l’étroitesse de l’angle sous lequel la communication officielle est perçue, d‘autres pensent qu’elle porte plutôt l’empreinte de votre rhétorique en matière de communication, inspirée au président Aziz lors du solstice du Tiris Zemmour.

En effet, le courage physique ostensoir, la dérision à l‘endroit de la presse, les critiques acerbes des occidentaux, le spectre de s’éterniser au pouvoir par marionnettes interposées, le recours à des voies contestées et contestables pour retailler la constitution à la mesure des intérêts du régime, entre autres erreurs de communication, sont autant d’éléments qui rappellent les méthodes qui ont fait des paisibles Tigre et Euphrate et des riantes vallées de la Mésopotamie éternelle, l’enfer qu’ils sont aujourd’hui sous la botte d’un Chiisme Iranien conspirateur et ennemi juré des arabes. On se rappelle tous feu Saddam Hussein, brandissant une capsule d’arme étrange et menaçant l’occident de désintégration en utilisant ‘’Al muzdawij’’. La suite, nous la connaissons tous.

‘’Le populisme, voilà l’ennemi ‘

 

C’est d’ailleurs en pensant à cette rhétorique, que j’ai trouvé une explication rationnelle aux appréhensions qui m’assaillent depuis la mémorable intervention médiatique du chef de l’Etat, à laquelle une stratégie adaptée et un encadrement technique font cruellement défaut, malgré la présence au palais ocre de quatre conseillers, qui se considèrent rien de moins que des lumières dans le domaine de la communication. Quatre conseillers qui émargent au budget de l’Etat pour faire rayonner la poésie, la littérature, la comédie du Mahssar et le marchandage du verbe. Autrement dit, tout sauf une communication apte à présenter le régime sous son meilleur jour malgré le bilan très défendable dont il peut se prévaloir et que toute critique doit commencer par reconnaitre, pour rester objective.

Si, comme il convient de le préciser, les questions des journalistes lors de cette rencontre étaient de niveau médiocre, pour être passé à côté des questions d’intérêt, dont le dîner de l’ambassadrice de Mauritanie à Paris avec le CRIF, les réponses du président de la République étaient, dans leur globalité, l’expression et la manifestation du populisme dont on l’accuse. Ce populisme que ses médias officiels ressassent à longueur de journée, dans ses formes primaire et anachronique, pour en accréditer l’idée et jeter le discrédit sur ce qui lui reste de bonne foi et de pouvoir de persuasion.

Ces réponses, parfois hésitantes et souvent évasives, me rappellent un article consacré à la question par Le Monde Diplomatique et intitulé : ‘’Le populisme, voilà l’ennemi ‘’.

Il y est dit que ‘’le populisme, c’est l’amalgame et que la fonction idéologique de l’amalgame, consiste à dissimuler les vrais rapports du pouvoir, en fabriquant une catégorie qui fait diversion, substituer l’étude d’analogie de style à l’analyse des clientèles sociales et des programmes. Ici, comme souvent, le consensus se nourrit du relâchement intellectuel et de l’inculture historique. C’est ainsi que, tel un virus, l’adjectif ‘’populiste’’ contamine le journalisme et l‘analyse sociale’’

Ma réaction à l‘intervention du chef de l’Etat, fut une réaction contenue et introvertie, car je savais, par ailleurs que Mary Ellen Lease disait que : ‘’le populisme se nourrit du mythe de l’exclusion’’.  Et pour la parapher dans sa célèbre sortie intempestive contre Wall Street, j’ai dit en mon fort intérieur : ‘’Les nouveaux commerçants possèdent le pays. Nous n’avons plus un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple mais, de fait, un gouvernement de commerçants, par les commerçants et pour les commerçants. Notre gouvernance est le produit d’un système qui pare les fripons d’honorabilité et qui habille l’honnêteté de guenilles. Le peuple est aux abois : que les limiers de l’argent public, qui nous harcèlent, prennent garde’’.

Si cet homme politique, qui semble vous attribuer la paternité des putschs depuis 1978, a raison, vos articles et le plan d’urgence qui leur emboîte le pas, ne sauront donc tarder, à moins que, pour cette fois-ci et pour des raisons objectives qui se justifient à l’aune de la géopolitique, vous préférez vous en remettre aux effets de l’érosion monétaire et économique.

 

Indicateurs au rouge

Je sais que ma curiosité à ce sujet ne serait malheureusement pas satisfaite, mais cela importe peu car, hélas, le processus de la détérioration du niveau de vie des populations, se passe désormais de toute intervention pour justifier à sa lumière, le mécontentement latent et la perspective de le réveiller ou d’en booster les effets exponentiels. Le mécontentement commence à se manifester et risque, si l‘on n’y prend garde, d’être total, irréversible et sans appel.

Très cher Maître Mohamed Yehdhih.

Il y’a quelques mois de cela, j’ai publié dans les colonnes de Le Calame, des lettres adressées au président de la République. C’était dans l’espoir de lui faire prendre conscience du désastre multiforme et pluridimensionnel dans lequel son gouvernement et certains de ses hommes de confiance, dans les secteurs clés de l’économie maritime, des mines et des finances, ont conduit le pays, mais en vain.

Je lui y ai dit que sa déclaration, relative à l‘abandon du pouvoir en 2019, allait fissurer son système et qu’il devait anticiper et choisir de s’allier le peuple en se démarquant de ceux avec qui celui-ci a des comptes à régler. J’avais prêché dans le désert, l’homme est très sûr de lui. Il pense le plus sérieusement du monde, être fait pour gagner. Il lui manque de savoir gagner dans l’humilité et de savoir perdre dans la résignation et les frontières des imites humaines.

Je lui y ai dit que s’il ne change pas et donne des signes forts en s’éloignant de certaines personnes de son système, les mois à venir seront marqués par des défections au sein même de ce qu’il considère comme les fondements de son régime. Contre toute attente, les Sénateurs m’ont donné raison et je m’attends à ce que d’autres en fassent autant dans les prochaines semaines, si l’on juge par les échos qui nous parviennent du Hodh Echarghi, ‘’fief’’ de ses deux premiers ministres.

Je lui ai suggéré de se démarquer de certains pontes de sa nomenklatura et de refuser d’assumer de graves griefs retenus contre eux par l’opinion publique et qui peuvent lui être imputés en vertu de la responsabilité politique.

Il n’a, semble-t-il, pas la même opinion que moi sur tous ces sujets car il vient de réunir en conclave les personnes les plus décriées de son système, avant de leur demander d’aller convaincre les mauritaniens de voter massivement le ‘’Oui’’ référendaire. Très sincèrement, je vois mal les deux premiers ministres convaincre les populations du Hodh Charghi ou tout mauritanien, ayant un peu de jugeote, de les suivre sur une voie quelconque, fut-elle celle de l’intérêt national, mise en avant pour justifier le référendum.

Les éléments d’appréciation me manquent pour savoir à quel point j’ai raison, mais compte tenu de la couleur rouge de presque tous les indicateurs vitaux, je pense que les raisons qui vous astreignent au silence finiront par devenir vos éléments d’incitation à la parole.

A ce moment là et à ce stade du déroulement de notre destin national, je pense, cher Mohamed Yehdhih, que vous serez contraint de briser votre silence assourdissant si vous voulez que l’homme politique, qui m’a dit tant de bien de vous, continue à croire aux vertus libératrices de votre plume.

Cordialement votre.

M.S.Beheite

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