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Quand le progressisme oublie l’esclavage : le Mouvement national démocratique (MND) et la question haratine

J’ai découvert la révolution de 1968 alors que j’étais élève au lycée de Rosso, ancien collège Xavier COPPOLANI, du nom d’un administrateur colonial. À cette époque, l’effervescence gagnait même les lieux les plus inattendus : les élèves se retrouvaient dans un hangar, non loin du lycée, servant habituellement à la vaccination du bétail. Des tribunes y étaient improvisées, et des étudiants venus de l’Université de Dakar s’y succédaient pour prendre la parole. Ils animaient les rencontres, tenaient des réunions et exposaient des lectures marxistes qui nourrissaient les débats.

Dans cette assemblée, la majorité des intervenants étaient maures et halpulaar. Les Soninké y étaient peu nombreux, tandis que les Wolof et les Haratine y étaient totalement absents. Cette configuration ne manquait pas de susciter des interrogations. Si la faible représentation des Wolof pouvait s’expliquer par leur poids démographique limité en Mauritanie, l’absence des Haratine renvoyait à une réalité plus profonde : une société encore marquée par l’esclavage, qui entravait leur accès à l’éducation et au savoir. Continuer la lecture

Quand le discours sur l’unité évite de nommer la fracture sociale

Il est des discours qui rassurent par leurs mots et inquiètent par leurs silences. L’allocution présidentielle prononcée au Gorgol appartient à cette catégorie : dense en appels à l’unité, riche en exhortations à la cohésion, mais traversée par des non-dits qui en révèlent les limites. Or, comme le rappelle l’adage, « chasser le naturel, il revient au galop ». On peut multiplier les formules consensuelles, invoquer le vivre-ensemble et célébrer la concorde ; si les fractures structurelles ne sont pas nommées, elles réapparaissent inévitablement dans le réel social. De la même manière, on ne peut cacher l’ombre d’un arbre en tentant de l’enterrer : ce que l’on refuse d’énoncer continue de structurer les rapports sociaux. C’est à l’aune de cette exigence de lucidité qu’il convient de lire et d’analyser le discours du Gorgol.

La visite présidentielle a été placée sous le sceau de la concorde nationale. Une fois encore, le Président de la République a invoqué l’unité, la cohésion sociale et la nécessité de préserver le vivre-ensemble. Ces appels, devenus un invariant du discours officiel depuis plusieurs années, traduisent une conscience diffuse des tensions structurelles qui traversent la société mauritanienne. Ils suggèrent, en creux, la persistance d’un malaise national non résolu, hérité de rapports sociaux inégalitaires profondément enracinés. Mais ils révèlent aussi, par leurs silences et leurs prudences lexicales, les limites d’une approche politique qui préfère l’apaisement discursif à la clarification normative.

Un terme, en particulier, mérite une attention soutenue : celui de « composante ». Répété à plusieurs reprises, sans jamais être défini ni juridiquement ni politiquement, il fonctionne comme un concept flottant : suffisamment large pour inclure sans nommer, suffisamment vague pour éviter la controverse. Il s’inscrit ainsi dans une stratégie discursive de contournement. Or, dans un pays dont l’histoire est marquée par des hiérarchies de statut, de couleur et d’origine, l’imprécision conceptuelle n’est jamais innocente ; elle devient, au contraire, un outil de gestion politique du non-dit.

 

1. Un concept absent du droit, mais omniprésent dans le discours

Il convient de le rappeler avec rigueur juridique : la notion de « composante nationale » ne dispose d’aucune reconnaissance explicite dans l’ordre constitutionnel mauritanien. La Constitution de la République islamique de Mauritanie structure l’identité nationale autour des langues, et non autour de catégories sociopolitiques ou communautaires.

L’article 6 de la Constitution énonce clairement :

« Les langues nationales sont l’arabe, le pulaar, le soninké et le wolof. La langue officielle est l’arabe. »

(Constitution de la République islamique de Mauritanie, art. 6)

Ce choix constitutionnel, historiquement présenté comme un compromis fondateur, visait à dépasser les clivages communautaires par une reconnaissance linguistique pluraliste. Toutefois, le recours récurrent au terme de « composante » dans le discours politique contemporain crée un décalage préoccupant entre le langage du droit et celui du pouvoir. L’État semble reconnaître implicitement l’existence de groupes socialement différenciés, tout en refusant de leur accorder une existence juridique claire.

Cette dissociation produit un effet paradoxal : on admet la fracture sans en assumer les conséquences normatives. L’ambiguïté, en matière d’égalité et de citoyenneté, n’est jamais neutre. Comme l’a justement analysé le constitutionnaliste Dominique Rousseau, « l’ambiguïté constitutionnelle, lorsqu’elle concerne l’égalité et la citoyenneté, n’est jamais neutre ; elle profite toujours à l’ordre social dominant » (Droit du contentieux constitutionnel, LGDJ). En d’autres termes, l’absence de définition juridique n’efface pas les rapports sociaux existants ; elle tend à les consolider.

Si une réforme constitutionnelle devait être envisagée, elle devrait donc s’attaquer prioritairement à cette contradiction centrale : comment prétendre gouverner une société plurielle tout en refusant de reconnaître explicitement les lignes de structuration sociale qui la traversent ?

2. La langue arabe : pilier commun ou marqueur d’asymétrie ?

C’est autour de la langue arabe que cette ambivalence atteint son point de cristallisation le plus sensible. Officiellement, l’arabe est la langue de l’État. Politiquement, elle est souvent présentée comme la langue d’une majorité sociologique. Socialement enfin, elle fonctionne simultanément comme vecteur d’unité religieuse et comme instrument de hiérarchisation symbolique.

Cette superposition des registres, religieux, politique et identitaire, engendre une confusion structurelle. La langue, censée être un outil de communication et un facteur de cohésion, devient un marqueur d’accès différencié au pouvoir, à l’administration, à l’éducation et à la reconnaissance sociale.

Pierre Bourdieu rappelait avec force que « la langue officielle est la langue qui impose les catégories de perception légitimes et consacre symboliquement les rapports de domination » (Ce que parler veut dire, Fayard). Appliquée au contexte mauritanien, cette analyse éclaire le rôle ambivalent de l’arabe : langue de l’État, elle est aussi un instrument de légitimation symbolique.

Plus problématique encore, l’arabe est fréquemment mobilisée comme référent identitaire homogène, alors qu’elle recouvre des réalités sociales profondément inégalitaires. Assimiler sous une même appartenance linguistique des groupes dont les trajectoires historiques sont radicalement différentes revient à neutraliser les rapports de domination hérités de l’esclavage et de la ségrégation sociale, au lieu de les confronter.

3. Une composante que l’on devine sans jamais la nommer

Lorsque le Président affirme qu’aucune composante nationale ne saurait revendiquer des droits spécifiques, tout en concédant que certaines puissent, pour des raisons particulières, bénéficier de mesures spécifiques, une interrogation fondamentale s’impose : quelle est cette composante ? Et quelles sont ces raisons ?

Le non-dit est transparent. La référence vise la communauté haratine, historiquement issue de l’esclavage et toujours confrontée à des discriminations systémiques largement documentées par les organisations nationales et internationales.

Le Rapporteur spécial des Nations unies sur les formes contemporaines d’esclavage observait que « les Haratines continuent de subir des formes structurelles de marginalisation sociale, économique et politique, directement liées à leur ascendance servile » (A/HRC/36/43, Nations unies). Cette affirmation internationale ne fait que confirmer une réalité sociologique largement attestée.

Ce qui frappe, dès lors, n’est pas la reconnaissance implicite de cette réalité, mais l’incapacité persistante à la nommer explicitement dans les discours officiels . Comme si la désignation claire constituait, en soi, un danger politique. Cette hésitation traduit un malaise profond : celui d’un État qui admet l’existence d’injustices structurelles, mais rechigne à les traduire en catégories juridiques assumées.

 

4. De la réparation implicite à la reconnaissance explicite

Aucune politique d’égalité réelle ne peut durablement reposer sur l’implicite. Le droit international des droits humains est constant sur ce point. Le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD) souligne que « la reconnaissance juridique des groupes historiquement discriminés constitue une condition préalable à l’adoption de mesures spéciales efficaces visant à garantir l’égalité de fait » (Recommandation générale n°32).

Maintenir les mesures correctives dans un registre exceptionnel et non institutionnalisé revient à placer leurs bénéficiaires dans une situation de dépendance politique permanente.

À l’inverse, une reconnaissance explicite permettrait de déplacer le débat du terrain de la concession vers celui du droit, de la faveur vers la justice structurelle.

Nommer, dans ce contexte, ne signifie ni diviser ni fragmenter. Nommer, c’est rendre visible, donc gouvernable, une réalité sociale que le silence ne fait qu’aggraver.

5. Clarifier pour refonder

L’unité nationale ne se construit ni par l’évitement ni par les formules consensuelles répétées. Elle exige une lucidité politique, un courage juridique et une fidélité au principe d’égalité réelle. Tant que certaines fractures continueront d’être reconnues à demi-mot, l’appel au vivre-ensemble restera fragile et performatif.

Le discours du Gorgol, par ce qu’il affirme et surtout par ce qu’il élude, rappelle une vérité fondamentale : il n’y a pas de cohésion durable sans reconnaissance explicite des inégalités héritées. Le dépassement ne viendra pas de l’effacement des différences, mais de leur intégration équitable et assumée dans le droit commun.

En définitive, l’histoire enseigne que les nations qui consolident leur unité sont celles qui affrontent leurs fractures avec courage, non celles qui les enveloppent de formules prudentes. L’exigence n’est pas de fragmenter la République, mais de l’approfondir ; non de substituer des appartenances concurrentes à la citoyenneté commune, mais de garantir que celle-ci soit réellement partagée. Tant que le langage politique demeurera en deçà de la réalité sociale, l’ombre persistera derrière le discours. Clarifier, reconnaître, institutionnaliser : telles sont les conditions d’une unité qui ne soit pas seulement proclamée, mais effectivement vécue.

 

Le 11 février 2026

Cheikh Sidati Hamadi

Expert Senior en Droits des CDWD*

Analyse discours sur l’unité

Chercheur associé spécialiste des discriminations structurelles

*CDWD (Communautés Discriminées sur la base de l’Ascendance et du Travail)

De quelle composante parle monsieur le Président ?

Identité haratine : ce que vous refusez de voir Mohamed Echriv Echriv, Par Mohamed  Daoud Imigine | Association des Haratine de Mauritanie en EuropeVisiblement, l’unité nationale, la cohésion sociale et le vivre-ensemble sont des thèmes récurrents dans les discours du Président de la République. On ne peut que s’en réjouir, tant le risque d’un péril en la demeure est latent.

Toutefois, en abordant ces questions, Monsieur le Président évoque des composantes nationales. Or, selon notre Constitution Continuer la lecture

Mauritanie : Esclavage d’une fillette, impunité et coercition

Communiqué IRA et LAA

1. Un cas avéré d’esclavage sur Nouhe mint Mohamed, âgée de 11 ans, vient d’être découvert à
Toujounine, commune de Nouakchott, la capitale. La volonté de requalifier l’infraction en
« travail de mineur » procède du blanchiment, en vue de soustraire, les auteurs, à la rigueur du droit.

2. Le 04 février 2026, les militants de l’Ira s’empressent de saisir la police compétente. Après la
dénonciation puis la confirmation des actes allégués, le processus habituel de désinformation s’est mis en branle, conformément Continuer la lecture

Bref commentaire introductif à propos du livre : « Le génocide voilé » de Tidiane N’Diaye

Dans Le génocide voilé de feu Tidiane N’Diaye : «La traite négrière arabo-musulmane a commencé lorsque l’émir et général arabe Abdallah ben Saïd a imposé aux Soudanais un bakht (accord), conclu en 652, les obligeant à livrer annuellement des centaines d’esclaves. La majorité de ces hommes était prélevée sur les populations du Darfour. Et ce fut le point de départ d’une énorme ponction humaine, qui devait s’arrêter officiellement au début du XXe siècle.» p 10..11

Ici… un passage sur les données introductives du livre de l’anthropologue sénégalais décédé le 26 octobre 2025. Repos éternel à son âme!

Entre 652 et le 9 novembre 1981, la date de l’Ordonnance n°81-234 portant Abolition de l’esclavage en Mauritanie  sous la gouvernance du Comité Militaire du Salut National (CMSN) du Lt- colonel Ould Haidalla, un long temps de 1329 ans s’écoula. Et ce cheminement abolitionniste a du mal à prendre corps sérieusement au sein des contenus religieux et dans les structurations socio-tribalo-communautaires. Les lois modernes initiées par l’Etat provoquent quelques déblocages marginaux face aux résistances de l’ancien ordre organisationnel foncièrement féodalo-esclavagiste généré et entretenu par la nature structurelle de différentes compositions communautaires (arabo-berbères et négro-mauritaniennes). Le récent cas brûlant autour d’une adolescente noire qui vivrait en condition d’esclavage dans une famille à Nouakchott (la capitale mauritanienne), paraîtrait un présent prolongement de cette date référence remontant au 7 ème siècle. Et ce, 1374 ans après, les frictions autour de la question de l’esclavage et ses multiples manifestations ne manquent pas au sein des ensembles sociolinguistiques majoritairement (parfois entièrement) musulmans. En une certaine Afrique noire, l’esclavage idéologiquement islamisé s’est fait coutumier avec rigidités entre membres d’une même communauté sociolinguistique. Le cas soninké en est amplement illustratif où d’aucuns perpétuent un logiciel socio- idéologique qui ne considère pas l’esclavage par ascendance comme une lésion sociale devant être extirpée. On s’y accroche… beaucoup étrangement au nom de l’islam d’ailleurs selon une école religieuse loin d’être quelconque. Une certaine lecture traditionaliste du référentiel religieux est ouvertement esclavagiste…de nos jours. Ce qui déroute intellectuellement en sourdine beaucoup de lettrés religieux au sein de nos communautés affrontant d’énormes contradictions et certains se réfugient maladroitement avec gymnastique derrière des narratifs troublants d’un cercle à un autre en fonction des audiences en face.

La répression violente subie par des militants anti-esclavagistes du mouvement IRA-Mauritanie devant un commissariat de police à Nouakchott hier (06-02-2026) parce qu’ils tenaient un sit-in pour exiger la clarification autour du cas de la jeune fille, est une affaire épisodique du continuum de cet accord d’allégeance racialiste de 652.

Mes pensées de prompt rétablissement aux militants d’IRA blessés.

7 février 2026
Par Koundou SOUMARE
Source : L’écrit osé (blog)

Déclaration de la coalition Anti-Système (CAS)

 La Coalition anti- Système –C-A-S -a pris récemment connaissance, à travers des investigations menées par IRA, de l’existence d’un cas avéré et suffisamment documenté d’esclavage d’une petite fille de onze ans, à Nouakchott. Elle exprime sa plus vive indignation face à la résurgence d’une tare sociale qu’elle croyait Continuer la lecture

بيان حركة تحرير وانعتاق الحراطين “الحر”

تابعت حركة تحرير وانعتاق الحراطين “الحر” ببالغ القلق والغضب ما كُشف عنه خلال الأسبوع الماضي من حالة عبودية مكتملة الأركان، وهي الجريمة التي أعادت إلى الواجهة واحدة من أبشع الظواهر التي ما زالت تنخر جسد المجتمع، رغم القوانين والتجريم والتعهدات الرسمية.
إننا في حركة الحر نُحيّي الجهود التي قامت بها حركة إيرا في كشف هذه الجريمة وتسليط الضوء عليها، ونؤكد أن محاربة العبودية ليست جريمة، بل واجب وطني وأخلاقي، وأن الوقوف إلى جانب الضحايا هو جوهر النضال من أجل دولة القانون والكرامة الإنسانية.
وفي الوقت نفسه، تُعرب الحركة عن إدانتها الشديدة لكل مظاهر العنف والقمع التي تعرّض لها مناضلو حركة إيرا على يد الشرطة، ونعتبر أن استخدام القوة ضد المدافعين عن حقوق الإنسان سلوك مرفوض ومدان، ولا يخدم إلا حماية الإفلات من العقاب وتشويه صورة الدولة ومؤسساتها.
إن حركة الحر تؤكد ما يلي:
– أن العبودية ما زالت واقعًا مؤلما يتطلب إرادة سياسية حقيقية لا شعارات موسمية.
– أن حماية الضحايا ومحاسبة الجناة يجب أن تكون أولوية مطلقة دون تمييز أو تواطؤ.
– أن حرية العمل الحقوقي والتعبير السلمي خط أحمر لا يجوز المساس به.
-أن القمع لن يُسكت الأصوات الحرة بل سيزيد من إصرارها على النضال.
وعليه تطالب حركة الحر ب
– فتح تحقيق جاد ومستقل في حالة العبودية المكتشفة، وضمان إنصاف الضحايا.
– محاسبة كل من تورط في ممارسة العنف أو الأمر به ضد نشطاء إيرا.
– توفير الحماية القانونية والأمنية لكل المدافعين عن حقوق الإنسان.
– الانتقال من منطق الإنكار إلى منطق المواجهة الجريئة لملف العبودية ومخلفاتها.
إن معركة التحرر والكرامة معركة واحدة ولن تتراجع حركة تحرير وانعتاق الحراطين “الحر” عن دورها التاريخي في الدفاع عن الإنسان ورفض الظلم ومقاومة كل أشكال الاستعباد والقمع مهما كانت التضحيات
اللجنة المركزية
07/02/2026

Déclaration du Mouvement de Libération et d’Émancipation des Haratines « El-Hor »

Le Mouvement de Libération et d’Émancipation des Haratines « El-Hor » a suivi avec une profonde inquiétude et une vive indignation ce qui a été révélé au cours de la semaine  concernant un cas d’esclavage constitué dans tous ses éléments. Ce crime a remis au premier plan l’une des plus abjectes réalités qui continuent de ronger le corps de Continuer la lecture

Mauritanie : la violence d’État contre ceux qui luttent pour abolir l’esclavage

Des images insupportables comme cette vidéo circulent dans les réseaux sociaux qui montrent plusieurs militants IRA Mauritanie victimes d’agressions policières gratuitement à cause de l’impunité que bénéficient les auteurs de ces actes odieux depuis plusieurs décennies dans les rangs des soi-disant «forces de l’ordre » qui sont plutôt des forces du désordre dans le pays.

On ne peut pas rester silencieux face à cette barbarie inhumaine qui se déchaîne comme une volonté manifeste de décimer toute contestation en Mauritanie. Continuer la lecture

Esclavage des enfants en Mauritanie : le droit à l’épreuve du déni et de l’impunité

À propos du cas de Nouhe Mint Mohamed, mineure exploitée à Nouakchott Nord

Dans un pays qui proclame l’éradication de l’esclavage et la protection de l’enfance, il est parfois difficile de concilier les normes juridiques avec la réalité vécue par les plus vulnérables. Pourtant, des cas documentés rappellent brutalement que le droit, aussi clair et affirmé soit-il, peut se heurter au déni, à l’inaction et à l’impunité.
L’affaire de Nouhe Mint Mohamed, une enfant de 11 à 12 ans retrouvée en situation d’exploitation domestique à Nouakchott Nord, illustre tragiquement cette fracture entre la loi et sa mise en œuvre effective, mais aussi entre le discours officiel qui prétend « ne pas trouver de cas » et la réalité crue du terrain où des enfants continuent d’être exploités. Cette affaire n’est pas un fait divers : elle constitue un test décisif de la capacité de l’État mauritanien à appliquer ses propres lois et à assurer une protection réelle et effective à ceux qui sont légalement les plus fragiles. Continuer la lecture