Quelques mises au point à l’attention de Monsieur Cheikh Sid’Ahmed Ould Zehaf

Encore une fois, Monsieur Cheikh Ahmed Ould Zehaz, vous vous distinguez par votre volonté manifeste de vous ériger en fossoyeur de la cause haratine, au nom d’une référence idéologique que vous avez vous-même dévoyée et abandonnée en vous mettant au service de régimes politiques en totale contradiction avec les principes dont vous tentez de vous prévaloir à la moindre occasion.
Vou affirmez d’emblée vouloir vous placer au-dessus de la polémique. Pourtant, en réalité, vous ne faites qu’endosser le rôle qui semble désormais vous être assigné : celui de contradicteur systématique et sans scrupule du militantisme haratine.
Sous couvert d’une approche prétendument intellectuelle et nationale, votre discours tend surtout à délégitimer les revendications portées par les Haratines, en minimisant la dimension politique et identitaire de leur combat. En ramenant constamment cette question à une simple Continuer la lecture

La question haratine : la blessure centrale que la Mauritanie refuse d’affronter

En Mauritanie, il existe une tragédie plus profonde encore que le silence officiel : celle d’un système capable de transformer les victimes en gardiens de leur propre oppression. Et nulle part cette mécanique n’apparaît avec autant de violence que dans la condition des Haratines.

Les Haratines portent dans leur chair l’histoire de l’esclavage. Ils sont les descendants directs de ceux que le système arabo-berbère a réduits à la servitude, humiliés, dépossédés de leur liberté, de leur mémoire et parfois même de leur humanité. Pourtant, après l’abolition de façade, le système n’a jamais disparu. Il s’est modernisé. Il a changé de langage, changé d’habits, changé de stratégie. Mais il continue d’exister à travers ses réseaux de domination, ses hiérarchies sociales, ses réflexes féodaux et ses mécanismes de soumission.

La ruse du pouvoir mauritanien a été de comprendre très tôt qu’il était plus efficace d’utiliser certains Haratines contre les leurs plutôt que de maintenir une domination brutale et visible. Ainsi, une partie d’entre eux, une fois “affranchie” ou intégrée dans les rouages de l’État, a été Continuer la lecture

Quand les aspirations légitimes des Haratines sont sacrifiées sur l’autel de la convenance, entre une ambition présidentielle et l’attachement persistant à un ordre social caduc.

Lors d’une visite de courtoisie — ou d’une campagne présidentielle anticipée — rendue au doyen Boidiel Ould Houmeid, le président Biram Dah Abeid a entendu ce dernier réitérer une position désormais bien connue : les Haratines seraient des Maures et demeureraient indissociables de ces derniers. Rien de nouveau, sinon que, cette fois-ci, le doyen Boidiel Ould Houmeid semble s’engager plus résolument dans une posture de contradicteur à toute perspective d’autonomie politique des Haratines. Cette insistance appelle trois observations. Continuer la lecture

Réinventer l’État en Mauritanie : de la distance bureaucratique au pacte citoyen

L’urgence d’un nouveau regard
Certes, l’État s’habille trop souvent d’atours austères. Il est cette silhouette lointaine qui surgit pour taxer, ce guichet bureaucratique, parfois intimidant, ou cette autorité qui contrôle et sanctionne. Pour beaucoup, il se confond encore avec le visage d’un régime, la couleur d’un parti ou l’incarnation d’un homme. Pourtant, à l’heure où notre pays fait face aux vents changeants de la modernité et du développement, il devient impératif de repenser ce lien. En effet, expliquer l’État au citoyen mauritanien ne relève plus du cours de droit constitutionnel ; c’est désormais une urgence démocratique et sociale. Il s’agit ainsi de substituer à la crainte ou à l’indifférence le sentiment d’une appartenance partagée.
La permanence de la Nation face aux divisions
Il convient de rappeler avant tout que l’État n’est pas une faction éphémère. Il est une continuité nationale. Les gouvernements passent, les majorités se succèdent, mais l’armature de la Nation demeure.
« Les gouvernements passent, mais l’État reste.»
Pour ancrer cette vérité dans le quotidien, il faut néanmoins inverser le regard. L’État, c’est d’abord ce qui soigne à l’hôpital, ce qui instruit à l’école de la République, la route qui désenclave nos régions et la sécurité qui garantit la paix de nos foyers. En somme, c’est le garant d’un destin commun, une maison collective élevée bien au-dessus des réflexes tribaux, régionaux ou politiques.
Toutefois, bâtir une véritable cohésion sociale exige de regarder nos réalités en face, sans fard ni complaisance. De fait, la Mauritanie est riche de sa diversité, mais elle reste traversée par des lignes de faille historiques : tensions communautaires, passif humanitaire, séquelles de l’esclavage, marginalisation de certains territoires et criantes inégalités sociales.
Les trois piliers de la réconciliation nationale
Par conséquent, pour que l’État devienne le ciment de la communauté nationale, il doit impérativement s’ériger en arbitre souverain et impartial, et non en instrument de domination d’un groupe sur un autre. Cette réconciliation repose alors sur trois piliers fondamentaux :
Une citoyenneté égale : Les droits d’un Mauritanien ne doivent plus dépendre de son patronyme, de sa langue ou de son poids tribal. La loi doit ainsi retrouver sa noble fonction : être la même pour tous, protectrice et impersonnelle.
Une mémoire apaisée : Une nation forte ne s’envisage pas dans l’amnésie. C’est au contraire en regardant son histoire, y compris ses heures les plus sombres, avec sérénité et justice, que l’on guérit les blessures du passé.
Une représentation miroir : Nos institutions, nos forces de sécurité et nos médias publics doivent refléter le visage pluriel de la Mauritanie. De la sorte, chaque citoyen doit pouvoir s’identifier à ceux qui le dirigent et le protègent.
Les vecteurs de la transmission : éducation et médias
Ceci étant dit, cette réinvention de l’État passe inévitablement par les vecteurs de la transmission. Or, aujourd’hui, une part importante de notre jeunesse ignore les mécanismes de nos institutions ou la portée de la Constitution. C’est pourquoi l’instruction civique doit redevenir une priorité stratégique.
C’est notamment sur les bancs de l’école que l’on doit apprendre que le drapeau n’est la propriété d’aucune faction, que l’argent public est le bien sacré du peuple, et que la corruption est un poison qui fragilise l’édifice entier.
Parallèlement, les médias ont le devoir de rompre avec les discours de haine et les replis identitaires. Leur rôle est plutôt d’ouvrir des espaces de dialogue interculturel et de valoriser ce qui rassemble, au lieu de ce qui divise.
De la solidarité traditionnelle à la responsabilité républicaine
Au fond, la société mauritanienne n’est pas individualiste ; elle possède, ancrée dans sa culture nomade et dans ses valeurs islamiques, une formidable tradition d’entraide, d’hospitalité et de fraternité. Le grand défi de notre siècle est donc de transposer cette solidarité traditionnelle à l’échelle de la nation.
Dès lors, il nous faut apprendre à protéger le bien public avec la même rigueur que notre propriété privée, à secourir le citoyen inconnu à l’autre bout du pays comme s’il était un parent, et à ressentir l’injustice faite à autrui comme une menace directe pour soi-même.
Néanmoins, cette transition psychologique ne se fera pas sans une confiance absolue en la justice. Car lorsque le citoyen acquiert la certitude que les privilèges supplantent le mérite et que certains s’élèvent au-dessus des lois, il se détourne inévitablement de l’État pour chercher refuge auprès de sa tribu ou de ses réseaux d’influence. La justice est le véritable ciment de la cohésion sociale ; elle seule peut désarmer les réflexes identitaires.
Conclusion : l’unité dans la diversité
En définitive, la Mauritanie n’est pas uniforme, et c’est là sa chance. Elle se situe au carrefour des mondes arabe, africain et sahélien. Elle est à la fois nomade et urbaine, multilingue et profondément unie par l’Islam. La cohésion sociale ne saurait donc consister en une standardisation culturelle qui effacerait ces spécificités. Bien au contraire, elle réside dans la capacité à intégrer ces nuances dans un récit national commun.
Chaque citoyen doit pouvoir proclamer avec une égale fierté :
« Je suis maure, peul, soninké, wolof, bambara, français de Mauritanie… et pleinement mauritanien. »
En conclusion, fortifier l’État en Mauritanie revient à en faire une responsabilité collective. L’État ne sera fort que lorsque le citoyen le respectera, et le citoyen ne le respectera que lorsqu’il s’y reconnaîtra enfin. C’est à ce prix, et à ce prix seul, que nous bâtirons une nation unie, stable et résolument confiante en son avenir.
  

L’esclavage et la question des Hratines en Mauritanie : entre héritage historique, citoyenneté et exigence de justice

Une question qui résiste au déni et aux lectures simplificatrices

Certaines questions traversent les générations sans jamais véritablement quitter l’espace public. Elles changent de langage, se déplacent dans les débats politiques, réapparaissent sous de nouvelles formes, mais continuent silencieusement d’habiter les structures profondes des sociétés. La question de l’esclavage et celle des Hratines en Mauritanie relèvent de ces réalités historiques dont les effets ne disparaissent ni avec le temps ni avec les seules proclamations institutionnelles.
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الرقّ وقضية الحراطين في موريتانيا: بين الإرث التاريخي والمواطنة ومتطلبات العدالة

ضية تقاوم الإنكار والقراءات التبسيطية
هناك قضايا تعبر الأجيال دون أن تغادر فعليًا الفضاء العام. فهي تغيّر لغتها، وتتنقل بين النقاشات السياسية، وتظهر مجددًا في أشكال جديدة، لكنها تستمر بصمت في الإقامة داخل البنى العميقة للمجتمعات. وتندرج قضية الرق وقضية الحراطين في موريتانيا ضمن هذه الحقائق التاريخية التي لا تزول آثارها لا بفعل الزمن وحده، ولا بمجرد الإعلانات المؤسسية.
ولا شك أن هذه القضية تُعد من أكثر القضايا حساسية وإثارة للنقاش، بل ومن أكثرها عرضة لسوء الفهم في السجال الوطني. وغالبًا ما تنقسم المواقف المتباينة بشأنها إلى قراءتين متعارضتين؛ فمن جهة، يرى بعضهم أن القضية أصبحت جزءًا من الماضي بحجة أن الدولة اعتمدت نصوصًا قانونية وأقامت آليات مؤسسية لمحاربة ممارسات الرق. ومن جهة أخرى، يميل البعض أحيانًا إلى جعل هذه القضية التفسير الوحيد لجميع الانقسامات السياسية والاجتماعية والاقتصادية في البلاد.
غير أن الواقع بين هذين الموقفين أكثر تعقيدًا؛ فهو واقع مجتمع لا يزال يسعى إلى بناء قراءة واعية ودقيقة ومتوازنة لإرثه التاريخي.
فلا توجد أمة تبني مستقبلها بصورة مستدامة على إنكار ماضيها، كما لا يمكن لأي مجتمع أن يبقى أسيرًا لتاريخه. فالقضية ليست قضية نسيان أو تحميل مستمر للمسؤولية، بل تتعلق أساسًا بالقدرة الجماعية على فهم الكيفية التي تستمر بها بعض البنى الموروثة في التأثير على الواقع المعاصر. Continuer la lecture

La condamnation des députés: symptôme d’un néo-esclavagisme d’État.

Une mise en scène désespérée : entre populisme et manipulation symbolique |  Le calameLa polémique apparue ces derniers jours dans l’espace numérique autour de la question haratine, à la suite de la controverse judiciaire impliquant des militants de l’IRA, a eu le mérite de révéler nombre de perceptions et de tensions sous-jacentes à cette problématique.
Le premier constat réside dans une reconnaissance quasi unanime de la question haratine comme une injustice à la fois historique et contemporaine, se traduisant par la précarité, l’abandon et la marginalisation systématique des Haratines. Ce constat demeure néanmoins ambivalent, dans la mesure où il est souvent exprimé du bout des lèvres, voire sur un mode condescendant, par une certaine opinion négationniste. De même, elle a révélé un consensus sur la nécessité et l’urgence d’y apporter une solution, au regard de son ampleur, de sa sensibilité et des risques qu’elle fait peser sur la cohésion nationale, rompant ainsi avec le « réalisme » cynique consistant à considérer qu’un héritage pluriséculaire ne saurait être résorbé autrement que sur le long terme. Continuer la lecture