Pacte Républicain : Notre démocratie à l’épreuve

Qui est l'ingénieur CHEIKH AHMED OULD MOHAMED. | Alwiam infoLes années suivant notre indépendance nationale se partagèrent entre plusieurs années de stabilité et prospérité, suivies d’une crise économique et sociale dont divers régimes militaires ne purent venir à bout. Il fallut aller à un changement, favorisé par l’évolution de l’environnement international qui exigeait la fondation d’un État de droit, l’instauration des principes de bonne gouvernance et le respect des droits de l’Homme. Mal préparé à relever un tel défi, notre pays s’engouffra dans l’aventure démocratique et s’y singularisa très tôt par la multiplication de crises politiques cycliques.

En effet, chaque fois que des progrès significatifs sont enregistrés, leurs effets sont presque aussitôt annulés par une ou plusieurs de telles crises. Cette situation est due à la multiplicité des acteurs du jeu politique, des intérêts divergents, de l’immaturité desdits acteurs, de la méconnaissance de la notion d’intérêt national, des intrigues politiciennes et le recours à des discours de haine pour régler nos contradictions politiques et les ingérences étrangères. En définitive, ce fut cette incapacité à construire une société véritablement démocratique qui prit d’abord la forme de plusieurs coups d’État, puis d’une stabilité politique depuis 2005.

Une feuille de route en 8 points

En 2019, une nouvelle étape de notre vie politique débute. À la lumière des conséquences positives qu’elles ont engendrées, un consensus commence à se faire jour sur la nécessité d’enraciner les principes démocratiques dans les esprits des Mauritaniens afin de prévenir toute nouvelle crise. Mais, si la volonté de construire une société démocratique fait consensus, les acteurs politiques se divisent sur la manière d’y parvenir. Dans la nuit de jeudi à vendredi, le ministère mauritanien de l’Intérieur a signé un accord avec trois partis. Deux d’entre eux – le Rassemblement des Forces Démocratiques et l’Union des Forces Progressistes – étaient membres de l’opposition qui avaient rejeté les résultats des élections législatives organisées en Mai dernier, les qualifiant de frauduleux. Après des semaines de négociations avec les autorités, les deux partis ont soumis un document appelé «Charte républicaine », qui fut signée par le gouvernement et l’INSAF.

Le document comprenait une explication des fondements de l’accord puis une feuille de route composée de huit points se présentant sous la forme de principes généraux, dont le dernier prévoyait la formation d’un comité d’orientation et de suivi, composé des représentants des signataires de l’accord, chargés d’en suivre la mise en œuvre dans un délai n’excédant pas deux mois à compter de sa signature. La Charte stipule de mener de toute urgence une étude approfondie de notre système électoral et, si nécessaire, d’engager des réformes appropriées, de manière à renforcer notre système démocratique, surmonter la situation résultant des récentes élections et éviter tout conflit électoral à l’avenir.

Examinée sur son contenu, cette Charte républicaine ne me paraît qu’un ensemble de principes politiques liés à la justice sociale, en révisant certains déséquilibres électoraux, en employant les jeunes et en luttant contre les causes de l’immigration, etc. Par ailleurs, elle aborde également divers points sur lesquels les politiciens ne sont pas d’accord, notamment celui lié aux victimes du passif humanitaire et peut-être à l’imposition du parti de l’Union des droits de l’Homme à ce sujet. Les deux partis de l’opposition signataires de cet accord n’ont remporté aucun siège parlementaire lors des récentes élections législatives et ceux de leurs jeunes dissidents n’ont pas manqué de réagir. Kadiata Malik Diallo, députée qui avait fait défection de l’UFP, a rejeté la Charte, la qualifiant de « coup de poignard dans le dos de l’opposition et de tentative de tromper l’opinion publique », soulignant que les deux partis signataires manifestaient avec l’opposition pour rejeter les résultats des récentes élections… tout en négociant secrètement avec les autorités. Quant au Parti Réformateur, un des plus importants partis majoritaires soutenant le président Mohamed ould Cheikh Ghazwani, il a estimé que l’accord laisse présager de grands dangers qui menacent les fondements de la stabilité nationale et ouvre la porte à des possibilités à variable inconnue, marquant un revers historique pour le projet national.

 

Le dialogue, instrument privilégié

Certains opposants de cet accord ont conclu que les idées suggérées par ces points doivent, dans une perspective nationale, être qualifiées de violation grave des constantes nationales et des composantes sociétales de l’entité étatique, expliquant que le document ignore la situation régionale en proie à des conflits, et les changements dont il est témoin qui ont attiré l’attention des grandes puissances internationales, malgré l’aspiration de sa nouvelle génération à éradiquer la démocratie. Cette controverse politique survient au moment où la Mauritanie se prépare à une élection présidentielle au milieu de l’année prochaine (2024) et l’on s’attend à ce que l’actuel président Mohamed ould Ghazouani soit un de ses candidats les plus en vue. Il ne semble pas qu’il lui sera difficile de remporter un deuxième mandat présidentiel, dans un contexte de fragmentation et grande division de l’opposition.

Comme je le disais tantôt, l’espace politique mauritanienne est marquée par l’hétérogénéité de ses acteurs : tenants du pouvoir, partis d’opposition et mouvements de la Société civile. Cette dernière constitue la pierre angulaire du dialogue politique, engagé depuis quelques mois entre le pouvoir et certains partis d’opposition. Le dialogue doit s’imposer comme instrument privilégié pour résoudre les problèmes politiques et sociaux afin d’asseoir une démocratie et un espace politique apaisé. Cela permet d’éviter les crises inutiles par la recherche du consensus et d’évitera les désaccords.

Dans cet esprit d’ouverture et de responsabilité, je voudrais parler de la Mauritanie de mon rêve, et de partager avec vous mes idées relatives à ce pacte républicain afin de consolider notre démocratie : faire du renforcement des institutions la règle cardinale du jeu politique ; en bannir le tribalisme, l’ethnocentrisme, le régionalisme, l’appartenance à la même religion ; faire de la politique en s’unissant autour des valeurs fondatrice de la nation ; pacifier les éventuelles alternances ; renforcer les bases sécuritaires par la réhabilitation et le respect des institutions ; développer une véritable structure d’incitations à la mobilisation des forces de l’ordre et de sécurité.

La seule guerre qui vaille pour conquérir le pouvoir politique, c’est la guerre des idées. Favoriser la mise en place de zones franches urbaines et régionales ; multiplier les pôles de développement ; promouvoir des initiatives novatrices pour soutenir l’élan du développement national ; encadrer la pluriactivité des ménages pour éradiquer la pauvreté et réduire les inégalités ; organiser les dialogues régionaux pour l’emploi et résorber ainsi le chômage de masse ; faire du secteur touristique un contributeur appréciable du PIB mauritanien ; de l’urbanisation, un facteur de l’émergence ; imposer un code de bonne conduite aux entreprises, autre source de bonne gouvernance.

Un pays où l’école de la république est épanouie et constitue le principal levier de l’ascenseur social pour tous ; faire de l’école un laboratoire qui prépare à l’emploi ; reconnaitre aux intellectuels la liberté d’expression et améliorer constamment leurs conditions d’existence ; doter le pays d’une structure chargée de la stratégie pour accompagner le processus de développement ; instaurer une bourse doctorale d’excellence au bénéfice des jeunes les plus méritants ; multiplier les actes novateurs pour approfondir l’intégration nationale ; impliquer la diaspora dans le processus de développement national ; promouvoir nos regards sur les missions diplomatiques pour revigorer la coopération avec le reste du Monde.

Je trouve que ce pacte républicaine englobe l’inclusion et l’égalité et peut favoriser un environnement qui respecte les droits de la personne et les libertés fondamentales. Il aspire également de manière responsable et fortement dynamique à une meilleure qualité de vie ; une société plus équitable, plus égalitaire entre les genres et plus inclusive ; une plus grande sécurité et une voie vers la prospérité; une Société civile forte et dynamique, des media indépendants et la liberté sur Internet ; la participation politique et l’inclusion des femmes dans le processus décisionnel ; des processus électoraux libres, équitables et inclusifs, un État de droit, l’engagement civique de jeunes. Ces objectifs de la feuille de route politique favorisent les cultures publiques d’inclusion. Elles permettent à notre société de rester résiliente devant les discours de division et de haine.

CHEIKH AHMED OULD MOHAMED (INGENIEUR ET CHEF SERVICE ETUDES ET DEVELOPPEMENT ETABLISSEMENT PORTUAIRE DE LA BAIE DU REPOS DE NOUADHIBOU)

Source : Le Calame