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Des pistes de lutte / Par Mohamed Yahya OULD CIRE

Des pistes de lutte

  1. La cause haratine est sacrée

Il faut la mettre au même niveau que l’indépendance d’un Etat, la souveraineté ou la libération d’un peuple. Elle est un fait non négociable. En effet, le groupe haratine ne peut et ne doit renoncer à sa liberté et l’égalité avec les autres composantes du peuple mauritanien.

  1. L’identité haratine

L’identité haratine doit être revendiquée chaque fois que besoin est.
Cette attitude a un double avantage. D’une part, elle prouve la fierté d’appartenir à ce groupe social que constituent les Haratine. D’autre part, elle démontre le fait d’être débarrassé du complexe d’infériorité lié au statut de l’esclave (Abd) et du hartani (affranchi).

  1. La solidarité entre les Haratine

Une solidarité au sein du groupe haratine s’impose.
Le système esclavagiste place ses victimes dans une situation d’isolement et de vulnérabilité.
Il faut donc, à l’opposé, créer une solidarité entre les Haratine face à toutes les épreuves, à l’image de la solidarité entre les Maures et au sein de leurs tribus. Cette tâche est difficile pour des victimes mentalement aliénées. Cependant, les militants haratine doivent surmonter ces entraves. Puis, par la conscientisation de masse, parvenir à créer cette idée de solidarité entre tous les Haratine.

  1. L’engagement par l’action

Tant que la liberté n’aura pas été obtenue ainsi que les droits y afférents, il convient de mener le combat par tous les moyens. Les exemples sont nombreux: dénoncer un cas d’esclavage avéré, prendre une photo et la poster sur les réseaux sociaux, contribuer à l’instruction des haratine dans une école ou en dehors, écrire dans un journal, conscientiser un individu ou un groupe victime de l’esclavage. Toutes ces contributions sont des facteurs de prises de conscience qui, à la longue, mènent à la libération.

  1. La reconnaissance constitutionnelle

Cette reconnaissance constitutionnelle de la communauté haratine est une revendication fondamentale. Toutes les communautés (Arabe, Pular, Soninké, Wolof) sont reconnues sur le plan ethnique et/ou culturel. Pour une question d’égalité, cette reconnaissance s’impose.
L’abolition de l’esclavage doit avoir pour conséquence non seulement la fin de l’asservissement mais aussi une reconnaissance officielle de la communauté haratine. De plus, la reconnaissance constitutionnelle de la communauté haratine est inséparable de l’égalité raciale. En effet, l’esclavage maure en Mauritanie a un caractère racial puisqu’il ne touche que la population noire.

  1. L’engagement des militants haratine dans les partis politiques

Les militants haratine doivent s’engager dans les partis, autres que ceux dirigés par les haratine.
Si les partis, en question, prennent en compte l’esclavage, l’engagement consistera à renforcer cette position par les idées et la sensibilisation.
Dans le cas contraire, l’action est d’introduire l’esclavage comme objectif du parti choisi et être l’animateur idéologique en son sein.

  1. La discrimination positive

Il s’agit de permettre à un groupe social de rattraper son retard par rapport à la communauté nationale, lequel retard a été suscité par une injustice. C’est le cas de l’esclavage qui a privé les Haratine de leurs droits économiques, juridiques et sociaux. La discrimination positive a été appliquée en Inde, aux États-Unis d’Amérique et en Afrique du Sud, depuis l’accession de la majorité noire au pouvoir. L’État mauritanien doit appliquer une politique dans ce sens pour permettre aux Haratine de se hisser au niveau du reste de la société mauritanienne. Il peut s’agir d’octroi de bourses internes ou externes, de recrutement de fonctionnaires dans la fonction publique ou parapublique, de projets économiques spécifiques à la couche haratine, nominations d’un nombre de ministres, d’ambassadeurs, de consuls généraux, de préfets, de gouverneurs, proportionnellement au poids démographique des Haratine en Mauritanie.

  1. Une réforme foncière et domaniale.

Celle-ci doit tenir compte du fait que les Haratine étaient et restent exclus de la propriété terrienne. Ils ont toujours travaillé des terres qui appartiennent à leurs maîtres sans bénéficier de leurs usufruits. Cette situation est l’une des caractéristiques de l’esclavage. Elle doit être réparée par une juste redistribution des terres. Aussi, cette réforme doit toucher non seulement les terres cultivables mais aussi les terrains fonciers dans les villes, les villages, etc.

  1. Les Haratine sont-ils maures ou négro-africains ?

Cette question fait partie de l’identité : les Haratine sont arabo-berbères (maures) par la culture et négro-africains par l’origine ethnique. Faut-il privilégier la culture à l’origine ou l’inverse ? Ces deux données historiques doivent être prises en compte dans toutes appréciations objectives. En effet, comment nier l’une ou l’autre ? C’est pourquoi les Haratine constituent un groupe social spécifique, différent, à la fois, des Maures par l’origine et des Négro-mauritaniens par la culture. La dignité haratine est d’assumer l’histoire de l’esclavage à savoir, la culture imposée par celui-ci et leur origine négro-africaine dont ils ne peuvent se départir.

  1. Le poids démographique des Haratine

Tout porte à croire que les Haratine sont majoritaires en Mauritanie. Les statistiques françaises de 1964-1965, qui ont tenu compte des ethnies et des groupes sociaux, indiquent que les Haratine (affranchis et esclaves) représentaient 43% de la population mauritanienne. Les Haratine habitent sur l’ensemble du territoire. Ce n’est pas le cas des deux autres communautés que sont les Arabes et les Négro-mauritaniens. Aujourd’hui, ils sont comptés comme des Arabes, alors qu’ils continuent à être exploités, directement ou indirectement, par la féodalité maure. L’Etat sécurise et assure cette exploitation.

Dans le discours de Néma, du 3 mai 2016, Mohamed Ould Abdel Aziz a dénoncé la natalité haratine. Ce qui prouve que les Haratine ne sont pas considérés comme des Arabes au regard du chef de l’Etat. Cette dénonciation est la preuve que la natalité haratine inquiète l’Etat mauritanien et à travers lui, la communauté maure. Les Maures détiennent le pouvoir économique, politique, militaire… Le seul pouvoir qui leur échappe est celui de la démographie. Celle-ci, constitue la richesse des Haratine. Il faut y tenir sans faille. Le but du discours de Néma est d’encourager la dénatalité haratine. L’esclavage est un système visant à enchaîner des personnes pour les dominer et les exploiter. Le discours de Néma vise le même but idéologique.

  1. La création des partis politiques et ONGs haratine


Elle est indissociable de la lutte pour l’émancipation et l’égalité. La seule limite serait la trahison à la cause haratine, à savoir une opposition implicite ou explicite à la libération, à l’émancipation et l’obtention des mêmes droits que les autres communautés nationales.

L’exemple des Intouchables en Inde vient prouver que la création des partis politiques et l’investissement des intéressés eux-mêmes dans les autres partis, leur a permis d’occuper des positions importantes sur l’échiquier politique.

  1. L’espoir

On vit de l’espoir et le désespoir tue. Un combat comme celui de l’abolition de l’esclavage nécessite beaucoup d’espoir. Mais celui-ci se nourrit de convictions, de persévérance et de courage. Le combat est long, épuisant et semé d’embûches. Il faut tenir toujours. A titre d’exemple, la lutte contre l’Apartheid (Afrique du Sud) a duré 82 ans (1912-1994).

NB : Pour plus d’informations, je vous renvoie à ma thèse : L’abolition de l’esclavage en Mauritanie et les difficultés de son application, soutenue en 2006 à l’université Paris II, mais également à mon livre : La Mauritanie entre l’esclavage et le racisme, Editions L’Harmattan, 2014.

Le 30 octobre 2018


Mohamed Yahya OULD CIRE

Président de AHME (Association des Haratine de Mauritanie en Europe)

Site : www.haratine.com

 

Affaire Ghaya Maiga ou la difficile application de la loi sur l’esclavage en Mauritanie

Affaire Ghaya Maiga ou la difficile application de la loi sur l’esclavage en MauritanieFille esclave ou fille domestique. L’affaire Ghaya Maiga, au-delà de la qualification des faits qui oppose défenseurs des droits de l’homme et famille de la victime, procureur de la République et juge d’instruction, pose le problème de l’applicabilité de la Loi sur l’esclavage en Mauritanie.

Une supposée affaire d’esclavage sur une fille mineure de 14 ans, qui a éclaté le 1er septembre 2019, est en train de poser le problème de la difficile application de la Loi 2015-031 portant incrimination de l’esclavage et Continuer la lecture

Mauritanie : Accusé de racisme, le maire de Sebkha menace de saisir la Justice

Mauritanie : Accusé de racisme, le maire de Sebkha menace de saisir la JusticeAboubacar Soumaré dit AKA, maire de la commune de Sebkha (Nouakchott Sud), a qualifié de « ridicules » les accusations de racisme portées contre lui et menacé de porter l’affaire devant la justice.

« Si quelqu’un a le courage d’écrire que je suis raciste, je porterai plainte contre lui. Le problème sera réglé au tribunal », a affirmé le maire en souhaitant que « le débat pour le Continuer la lecture

Recrutement des officiers dénoncé par la CVE , un ancien chef du B3 et ancien cdt de l’Emia réagit …

Recrutement des officiers dénoncé par la CVE , un ancien chef du B3 et ancien cdt de l’Emia réagit …En lisant la déclaration de la CVE relative au concours de recrutement de l’armée, mon attention a été attirée par une affirmation singulière.

En effet, dans cette déclaration la CVE a affirmé que “Depuis des lustres, tous les corps militaires et paramilitaires, ainsi que toutes les institutions publiques sont le théâtre de ce type de mesures arbitraires d’oppressions, d’injustices et de discriminations abusives qui, si on n’y prend garde, pourraient durablement Continuer la lecture

La Fondation Sahel réclame le placement en détention de présumés esclavagistes mauritaniens

Mauritanie: la Fondation Sahel réclame le placement en détention de présumés esclavagistesLa Fondation Sahel plaide en faveur du placement en détention préventive de trois individus, accusés de pratique de l’esclavage et appelle à la mobilisation contre ce crime.

Malgré l’adoption de lois criminalisant cette pratique, l’absence d’une volonté politique fait que celle-ci perdure. La Fondation Sahel affirme «suivre avec intérêt depuis une semaine, l’affaire d’une mineure, Ghaya mint Mohamed, victime d’esclavage» ajoutant «avoir mené des investigations approfondies pour faire la lumière sur ce cas et s’assurer du respect de la procédure judiciaire».

Cette semaine, le Parquet Général de Mauritanie a annoncé l’ouverture d’une enquête suite à des informations «faisant état de vidéos relatant un cas d’esclavage dans un endroit relevant du tribunal de Nouakchott/Sud-commune d’Arafat (proche banlieue) diffusées sur les réseaux sociaux».

Ainsi, «le Parquet de la République a immédiatement donné des instructions à la police judiciaire pour enquêter sur les faits objets de dénonciation, entendre la victime présumée, la soumettre à un examen médical, arrêter et présenter devant la justice, les personnes mises en cause, rechercher l’auteur de la publication des vidéos de la victime sur les réseaux sociaux…».

LIRE AUSSI: Mauritanie: l’esclavage a la peau dure, malgré les lois Au terme de l’enquête préliminaire, le procureur de la République près le tribunal de Nouakchott-Sud a requis «l’ouverture d’une information pour l’approfondissement des recherches grâce à l’audition des familles des victimes et des témoins par un juge d’instruction.

Les investigations se poursuivent notamment concernant l’auteur présumé de la publication des vidéos de la victime et des calomnies qui ont été véhiculées sur elle, diffusées à travers le net.

Dans son réquisitoire adressé au juge d’instruction, le Procureur de la République a demandé le placement en détention provisoire de deux individus et qu’un contrôle judiciaire soit exercé sur une troisième personne.

Le magistrat instructeur n’a pas suivi les demandes du parquet, se limitant à la mesure du contrôle judiciaire pour tous les protagonistes, selon la déclaration Fondation Sahel.

Celle-ci insiste sur l’application stricte de la loi 03-2015, qui fait désormais de la pratique de l’esclavage «un crime contre l’humanité».

Quant à la déclaration du Parquet Général, celle-ci rappelle à tous les citoyens «le devoir d’informer les autorités judiciaires compétentes dans les formes légales, de tout crime dont ils auraient connaissance, tout en s’abstenant d’indexer ou de diffamer les victimes, et en évitant d’influer négativement, sur le déroulement de la procédure».

Les autorités mauritaniennes ont adopté une législation pénale abondante dans le domaine de la lutte contre l’esclavage au cours de ces dernières années.

Mais les associations abolitionnistes continuent à dénoncer «des complicités et l’absence d’une réelle volonté politique de sanctionner les auteurs de telles pratiques».

Alors quelle signification donner au réquisitoire du procureur pour l’emprisonnement de présumés esclavagistes, et au communiqué du Parquet Général dans un contexte de début de règne d’un nouveau pouvoir?

Ces éléments sont-ils le signe d’une prise en compte des griefs de la mouvance abolitionniste?

En refusant de suivre à la lettre le parquet, le juge d’instruction a–t-il simplement exercé sa prérogative d’indépendance que lui confère la loi?

Seul l’épilogue de cette histoire pourrait apporter des réponses à ces interrogations.

Par notre correspondant à Nouakchott
Cheikh Sidya

Source : Le360 Afrique (Maroc)

Le Parquet général rappelle le devoir d’informer de tout crime les autorités judiciaires compétentes

Le Parquet général rappelle le devoir d’informer de tout crime les autorités judiciaires compétentesLe Parquet général rappelle au public le devoir d’informer les autorités judiciaires compétentes de tout crime qui se produit et dont on a connaissance par les voies légales ;de s’abstenir d’indexer ou de diffamer les victimes et éviter d’influer négativement sur la procédure judiciaire. Continuer la lecture