La reprise de Kidal par les FAMA : en quoi l’Armée mauritanienne serait-elle concernée ?

Tout ce qui se mijote à nos portes aura un impact sur notre politique intérieure, voire notre existence, surtout quand c’est un pays voisin, en guerre contre des entités autonomistes dont certaines sont des Maures comme nous.

Face au Mali, avec lequel nous partageons plus de 2000 km de frontières, l’équilibre des forces, très longtemps en faveur de Nouakchott, risque cependant d’être rompu, si on ne prend pas garde. Depuis la chute du président feu Moussa Traoré et l’entame de la « démocratisation » au début des années « 90 » quand on parle des Fama (forces armées maliennes), on pouvait égrener tout un chapelet sémantique réducteur, autrement, un vocabulaire dépourvu de toute expression superlative, loin de l’image d’Epinal…

Les « démocrates » maliens manipulés par la France, détestaient l’Armée à tel point qu’ils l’ont dépecée. En 2013, le Mali sans unités combattantes efficaces, n’avait d’autre choix que de demander une intervention étrangère…

A croire qu’au pays de Soundiata Konaté ( lors de la bataille de Kirina en 1235 et la mort du roi de Sosso, Soumaoro Kanté, les princes du Mandé prendront le patronyme de Keita), l’ « invincible armada » entretenue par les Nations-Unies, la Force française Barkhane, la Task Force Takuba (sabre en amazight) européenne etc…n’ont pu venir à bout de quelques rebelles, souvent déguisés en narcotrafiquants. Allez savoir pourquoi…

Et pourtant c’est l’Armée malienne, qui, il y a peu de temps considérée par tous les observateurs militaires comme étant le maillon faible de tout le contingent de la MINUSMA, s’est emparée du Nord. Est-ce le « fonds qui manquait le moins » ..ou plutôt la volonté politique depuis 2012 ? Le nouvel homme fort du Mali , le colonel Assimi Goita, chef d’une junte patriote, adoubé par son catalyseur de premier ministre, le visionnaire Chouguel K. Maiga, ont changé la donne en surprenant toutes les chancelleries occidentales accréditées à Bamako.

En effet cette équipe dirigeante a poussé la France vers la sortie, tout en reprenant ainsi un partenariat stratégique avec la Russie de Poutine, rompu juste après la dislocation de l’URSS. Voilà que l’Armée malienne qu’on flattait dans sa faiblesse, chaque fois qu’elle était en contact avec l’ennemi, commence à relever la tête, la coopération russe aidant.

Et pourtant la prise de la ville de Kidal le 14 novembre passé, que la France et les Touaregs avaient sanctuarisée, est un événement important dans l’Histoire militaire et surtout politique du Mali. Mais combien de drones de surveillance, de drones kamikazes, de drones d’attaque, de véhicules blindés, de canons sol-sol ou sol-air, d’hélicoptères de combat, d’avions de chasse etc…ont pris part à la reconquête du Nord-Mali?

C’est par l’adéquation du matériel militaire moderne utilisé sur le terrain, le moral rehaussé, couplé à une formation efficace des troupes, que les Maliens ont pris le dessus sur les rebelles du Nord-Mali. Le tout est couronné par l’engagement patriotique de la hiérarchie militaire de Bamako dont le seul but était de laver l’affront de Kidal, une ville dont on interdisait l’entrée aux politiques et aux militaires maliens. C’était une question d’honneur ….

Il est à noter que l’année 2024 sera très riche en rebondissements,. La Russie est dopée par sa politique de « glaciation » face à l’Ukraine, pourtant aidée par l’Otan et la quasi-totalité de l’Union Européenne. Moscou risque de galvaniser tous ses pions et ses dispositifs jalonneurs en Afrique, en Syrie, au Liban, avec le Hezbollah, un « proxi » de son inconditionnel allié qu’est l’Iran. Figurez-vous que pendant la visite du président iranien Raissi en Russie, le jeudi dernier, les deux dirigeants ont eu un tête à tête de 6 heures d’horloge !!!.

Nous constatons que rien ne peut se décider désormais dans ce monde sans la participation effective de la Russie, qui revendique haut et fort un nouvel ordre multipolaire. Voilà, la Russie est à nos portes, de par la société Wagner interposée, sous contrat au Mali. Sur les 4 pays limitrophes de la Mauritanie, deux ( Algérie et Mali) sont des alliés de Moscou. Notre diplomatie doit avoir le souci de ménager notre vieil allié qu’est Paris, tête de pont de l’Occident, mais surtout de ne pas mécontenter la Russie, prenant en compte l’intérêt supérieur de la Mauritanie.

Notre ambassadeur et ses conseillers diplomatiques accrédités à Moscou, doivent être à la hauteur de leur mission, anticiper la position du curseur, car 2024-2025, risque d’être une période de vive tension, aussi bien en Afrique, au Moyen-Orient, qu’en Asie indo-pacifique, à cause de la menace chinoise sur Taiwan.

A/ Le talon d’Achille

Malgré leur ambition salvatrice, les pouvoirs publics mauritaniens successifs négligent encore une structure indispensable à tout bond en avant. Il s’agit des ressources humaines dont l’articulation adéquate est nécessaire à tout développement économique ou social. Dans les usines, les chancelleries, les ministères, on doit accréditer l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Ceci est doublement valable pour notre Armée , au moment où le monde est secoué par des tensions.

Quiconque qui suit les réseaux sociaux peut observer une attitude inamicale de certains internautes maliens à l’égard de la Mauritanie, accusée « d’héberger ou de soigner les rebelles du Nord-Mali « . Or la quasi-totalité de la propagande malienne est souvent orchestrée par des sites russes, ou panafricanistes diffusant ça et là depuis certaines capitales africaines acquises à Moscou.

B/ Être à la hauteur ou ..disparaître

Notre Armée doit être à la hauteur et anticiper la menace. Certes le départ de la douzaine de généraux cette année et la vingtaine de colonels en même temps, mérite d’avoir une réponse appropriée.

Cette réponse doit se trouver en la compétence et le professionnalisme du personnel remplaçant. Et voilà que nous revenons à la primauté des ressources humaines. Les observateurs qui suivent l’évolution de notre Armée comme moi, auront constaté le disfonctionnement de la paire Cemga-Cemgaa en 2023. Un chef d’Etat-Major National, en qui on a confiance doit être secondé d’un adjoint dynamique, apte à faire ses preuves sur le terrain. En Mauritanie ,on a tendance à ne prendre en considération que l’ancienneté au grade.

Dans ce cas de figure, au départ du général Habiboullah, c’est au général Brahim Vall, actuellement au collège de Défense (G5 Sahel dissous) que revient la fonction d’adjoint au chef d’Etat-Major National ( Cemgaa). Personne ne doute des compétences surtout intellectuelles de Brahim vall Ould Cheibany, mais est-il bon sur le terrain, quel est son rapport à la troupe etc..?

Après le général Brahim Vall, vient le général Takhioullah Ould Raiss de la direction du matériel, qui risque de se momifier sur place puisque son adjoint bat tous les records d’officier en second. Plus sérieusement Ould Raiss est un excellent travailleur, mais un spécialiste du matériel et sa présence à l’Etat-Major avec un Cemgaa moins ancien que lui, pourrait perturber le travail du Chef. Une bonne planque à la Douane pour Ould Raiss fera du mieux à son éternel adjoint, voire au-delà.

Après le général Ould Hreitany de l’Aviation, il y a le général Mohamed Moktar Ould Cheikh Mini, actuellement chef d’Etat-Major de l’Armée de Terre; une force tranquille, disponible à tout moment, travailleur infatigable, calme, compétent, de bonne moralité. En Mauritanie quand quelqu’un épouse des valeurs cardinales, pour dire peu expansif, point porté sur l’argent, mesuré, on prétend souvent qu’il « n’a pas de personnalité ». Au contraire, car le Cemga en 2024, voire même de 2025 aura du pain sur la planche et rien ne doit compromettre ses coudées franches.

Il lui faut un bon adjoint qui passera beaucoup de temps sur le terrain. Après Ould Mini arrive le jocker, le général Hamadé Ould Boidé, un saint-cyrien de première qualité, qui fera un jour inchAllah un excellent Cemga (2025-26), mais à l’instant même, il peut commander l’Armée de l’air, ou la Garde, si le général Bourour devrait aller à la Police. Avec le départ de certains de nos meilleurs généraux, il y aura de la place pour tous.

D’abord la police (si avec le Gssr, et la création de la police municipale, l’Agence Nationale des Titres Sécurisés ne constitueront pas un ministère à part entière et qui sera détaché du ministère de l’Intérieur; la Douane dont on dit que le directeur ira à la retraite cette année, le Bed, la Direction de l’Air, la Direction de la Marine Nationale, le SG du ministère de la Défense, l’Inspection Générale de l’Armée etc.. Que de places vides..

Le général de division Moktar Bollé Chaabane n’a pas le choix, car pour le moment, si rien ne change, n’aura devant lui que cette seule année de 2024 pour nous prouver son génie militaire. Officier de valeur, disponible (bureau, maison, dodo) de haute moralité, sensible à tout ce qui peut galvaniser, ou améliorer les conditions du soldat sur le terrain( alimentation, santé familiale, matériel moderne, tenues conformes etc…), ne ménagera aucun effort pour remplir le contrat d’objectif qui le lie à son ministère de tutelle donc au chef suprême des Forces Armées et de Sécurité, en l’occurrence le président de la république islamique de Mauritanie.

Ould Bollé Chaabane a apporté beaucoup de changement en 2023, vivement 2024 et on verra, inchAllah. Cependant nous l’avons dit du temps du général de division Mohamed Ould Bamba Meguett et nous le disons encore une fois: deux ans ne suffisent pas à un CEMGA pour promouvoir une bonne politique de défense.

Source : ELY OULD SID’AHMED KROMBELE, FRANCE