Discours du 28 Novembre : Présidentielle 2024 en ligne de mire ?

Comme de tradition pour célébrer la fête de l’Indépendance, le président de la République Mohamed Cheikh Ghazwani a offert un discours à la Nation dans la nuit du 27 au 28 Novembre. Comme un bilan à un peu plus de mi-parcours.

Après avoir bouclé trois années à la tête du pays, il lui en reste en effet deux de plus à couler pour son premier mandat. Coup d’œil dans le rétroviseur, tout en visant 2024… si tant est que le marabout décide de briguer un second quinquennat ?
En tout cas, le Président s’est beaucoup attaché à vanter ses réalisations, chiffres à l’appui (voir encadré). Un bilan donc très rose, est-on tenté d’affirmer : des chantiers structurants achevés, d’autres en cours.

Oubliés les insuffisances et le coup de gueule du Raïs lors d’une réunion restreinte comprenant le ministre de l’Urbanisme, de l’habitat et de l’aménagement du Territoire, celui de l’Équipement et des transports et le délégué de Tazawour.

Le chef de l’État y avait exprimé son mécontentement face aux retards dans l’exécution de ses engagements. S’en étaient suivis un réaménagement gouvernemental et le rattachement de la Cour des comptes au cabinet de la Présidence. Cela faisait en effet plusieurs mois que le ministre de l’Économie et des secteurs productifs tirait sur la sonnette d’alarme : notre pays avait reçu d’importants financements mais certains secteurs se révélaient incapables de mener à bien l’exécution des projets structurants de Taahoudaty – les fameux « Engagements » du candidat Ghazwani – entraînant de beaucoup trop faibles taux de décaissement à cause des lenteurs des travaux.

Dans son discours de fête, Ghazwani n’en a pas moins dressé un bilan mirobolant. Selon lui, les actes posés et les réalisations obtenues ont permis d’améliorer la gouvernance et les conditions de vie des populations démunies. Et de rappeler le coup de pouce aux salaires des fonctionnaires, notamment des enseignants qui ne cessaient de réclamer de meilleures conditions d’existence et de travail, ainsi que les primes de dix mille MRO, considérées par l’opinion comme un geste envers les familles affectées par la COVID et les méfaits de la guerre en Ukraine qui a tiré les prix de nombreux produits alimentaires de base vers des sommets inouïs. Les perspectives du gaz et du pétrole à l’horizon 2023-2024 feront-elles le reste ? Les Mauritaniens l’espèrent, cet avenir radieux… Toujours est-il qu’à quelques mois des élections locales et à presque deux ans de la prochaine présidentielle, le bilan d’étape du président Ghazwani ressemble fort à celui d’un candidat à sa propre succession. Deux éléments incitent à cette hypothèse.

Réforme du parti au pouvoir ?

Le bilan dressé permet tout d’abord à l’INSAF de surfer sur la vague, lui permettant de mieux structurer sa campagne. Seul l’argumentaire du Raïs semble en effet capable de faire consensus au sein de la grosse mare du principal parti au pouvoir. Depuis quelque temps, on y observe comme une espèce d’ébullition en son sein. L’indiscipline y semble la denrée la mieux partagée, au point que le parti s’est vu convié à en discuter le mois dernier avec plusieurs membres du gouvernement. On sentait, au sommet de l’État, la gangrène menacer, avec la multiplication d’initiatives de soutien au président de la République échappant au contrôle du parti. La veille de cette réunion, l’INSAF avait publié un communiqué signé curieusement de son secrétaire général – fait assez rare pour être souligné – invitant militants et sympathisants à se plier à la discipline du parti.

Certains avaient déjà commencé à déclarer leurs intentions de se présenter aux prochaines élections. En sommes des candidats à la candidature, foulant ainsi au pied les procédures du parti. Ne sont-ce pas les structures de base qui ont en charge, depuis quelques années, le choix des candidats sur les listes présentées aux électeurs ? INSAF voudrait faire respecter cette règle. Difficilement, on le sait ! Toujours est-il que ses missions s’apprêtent à déferler dans les régions pour aider à cette tâche, aidées en cela par les visites annoncées du président de la République en certaines wilayas.

Bref, de véritables querelles de positionnement en perspective alors que le parti est engagé dans une profonde réforme de son mode de fonctionnement. L’INSAF pousserait-il le gouvernement à établir, comme s’y emploient les partis de l’opposition, une Charte d’éthique et de critères de choix des candidats ? C’est une question essentielle. Elle permettra d’éviter de retrouver à la tête des mairies, dans les conseils régionaux et à l’Assemblée nationale, des élus qui ne savent même pas pourquoi ils sont là et dont certains pousseront l’arrogance à jeter aux visages des électeurs qu’ils ont été élus grâce à leur argent.

Depuis qu’il a changé de nom, on s’attend à ce que le parti du pouvoir accouche d’un nouveau visage et établisse de sains rapports entre la direction et sa base. Il doit s’en suivre une dynamique de renouvellement de ses instances. Le président Ghazwani paraît vouloir se doter d’une véritable machine électorale pour aborder sans coup férir la prochaine présidentielle. En cet objectif, l’INSAF doit être capable de lui conférer une majorité confortable à l’Assemblée nationale. Saura-t-il gagner le pari, sans triche ni trafic d’influence ou corruption ? C’est la question que le pouvoir est en droit de (se) poser. Les élections ont toujours été suspectées de fraude, l’Administration, les hauts fonctionnaires et les corps habillés ont toujours pesé sur la voie des urnes…

Un test crucial

Les nombreux projets exécutés, selon le Président, et les autres « en voie de l’être » viennent répondre aux critiques de l’ex-président Ould Abdel Aziz mais également d’une partie de l’opinion qui estime que « rien n’a changé depuis l’élection de Ghazwani ». Son gouvernement est amorphe et le Président a déploré, comme dit tantôt, les lenteurs dans l’exécution de ses engagements électoraux. Les Mauritaniens ne comprennent pas pourquoi le chef de l’État maintient en place, en dépit de tous ces dysfonctionnements, un gouvernement et un Premier ministre si « transparents ». Comme ils ne comprennent pas le recyclage d’anciens ministres et responsables de l’ex-Président dont certains ont été épinglés par l’enquête de la Commission parlementaire. S’ils ne sont pas évanouis, les espoirs placés en Ghazwani lors de son élection en juin 2019 tardent à se concrétiser pour les populations dont le panier ne cesse de se trouer.

Dans le souci d’améliorer l’image de sa gouvernance, Ould Ghazwani a décidé d’engager une réforme de son parti pour préparer au mieux les prochaines élections locales. Une commission en ce sens a été mise sur pied. Avec notamment l’objectif de choisir les meilleurs candidats aux prochaines élections. Des missions d’INSAF seront dépêchées à l’intérieur du pays pour en discuter avec la base. Un gros challenge car nombre de militants n’hésitent pas à claquer la porte du parti s’ils ne sont pas désignés candidats. D’où les appels susdits à la discipline, avant le véritable test grandeur nature que vont se révéler les élections locales pour le président de la République et son gouvernement. Alors que la proportionnelle ne joue pas forcément en faveur de la majorité présidentielle et qu’il faut à Ghazwani garder un l’œil sur son prédécesseur qui refuse de se faire éliminer en politique…

Dalay Lam

Le Calame

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Quelques réalisations citées par le Président dans son discours

– Assurance maladie annuelle pour 100.000 familles,

– Programme de lutte contre la malnutrition infantile au profit de 30.000 enfants,

– Financement de 3.881 activités génératrices de revenus,  pour 5 Milliards d’ouguiyas anciennes.

– Travaux de construction de 1.932 logements sociaux,

– L’augmentation du nombre de familles bénéficiaires de cash transferts de 30.000 à 98.236 et une assistance apportée à 65.000 familles pour un coût de 6.747.000.000 UM

– La fourniture des produits alimentaires au profit de 131.550 familles actuellement,

– Les secours apportés à 19.440 familles victimes des intempéries

– La distribution de 30.000 tonnes de poisson à des prix subventionnés entre 2020 et 2022,

– L’appui de 71570 T d’aliments de bétail aux éleveurs pour renforcer leur résilience,

– Assistance de l’Action sociale à 9.240 malades indigents

– Le recrutement de 8000 enseignants,

– La construction de 1625 salles de classe,

– Acquisition de 85 000 tables bancs et de 3 200 000 livres scolaires,

– Le lancement d’un programme de cantines scolaires au profit de 190.000 élèves dans 1.200 écoles

– Augmentation de la prime d’éloignement de 150%,

– Versement de la prime de craie sur 12 mois au lieu de 9 mois, et son extension pour englober les directeurs d’écoles.

– Une nouvelle prime d’incitation de 10.000 UM

– Une augmentation de salaire de 20 000 UM anciens pour tous les fonctionnaires de l’Etat et des éléments des forces armées et de sécurité.

– Augmentation des allocations familiales de la Caisse nationale de Sécurité sociale de 66%.

– La création de 1.400 petites entreprises,

– L’octroi d’emplois à 6.000 jeunes dans le cadre de la troisième édition de « Mon projet mon avenir »

– Formation dans différents métiers de 14 750 jeunes dans les Hodhs, l’Assaba, le Trarza et le Guidimakha dont 50% de femmes.

– Nouvelle extension de toutes les facultés de l’Université de Nouakchott sur une aire de 32.000 mètres carrés,

– Augmentation de la capacité d’accueil de l’université de 14 000 à 25 000 étudiants,

– Construction du nouvel édifice de l’Ecole nationale d’Administration, de Journalisme et de Magistrature, la construction de trois instituts supérieurs, l’Institut supérieur des métiers de la statistique, l’Institut supérieur des métiers d’énergie et l’Institut supérieur des métiers informatiques ainsi que la construction de l’Ecole supérieure des études commerciales.

– L’aménagement de 100 Ha de petits périmètres maraîchers afin d’autonomiser 2.749 femmes au Trarza, au Brakna et au Gorgol,

– L’aménagement du périmètre irrigué Chicha sur une superficie de 374 Ha au profit de 750 familles indigentes,

– La réhabilitation du périmètre de M’Pourrié sur une superficie de 3050 Ha au profit de 120 coopératives villageoises et 185 diplômés,

– Aménagement de 3.500 Ha de périmètres irrigués dans la plaine de R’kiz.

– Construction de 23 barrages et  de 800 diguettes.

– Création de deux usines de conserve de poisson et 37 usines de traitement de poisson,

– Mise en service du Port de Tanit qui a créé 5.200 opportunités d’emplois en 2022, soit une augmentation de 16% par rapport à 2021.

– Fourniture de services d’électricité publics essentiels à  259 villes et villages.

– La SNIM a porté  sa production à 13.000.000 tonnes. La pose de la première pierre de la mine de F’derick ajoutera deux millions de tonnes par an alors que la production du gaz du champ Grand Tortue Ahmeyim sera effective à la fin de l’année prochaine.

– 663 villages ont été approvisionnés en eau potable et 5.000 mètres cubes par jour ont été fournis à Boghé

– Augmentation de la production d’eau potable à Nouakchott  de 20.000 mètres cubes par jour à partir de la nappe d’Idini, avec un coût de 9.000.000.000 ouguiyas.

– Réalisation de 193 puits tubulaires et 70 réseaux hydrauliques.

– Réalisation de 25 bassins hydrauliques.

– Multiplication par 3 de la production de la station de pompage à Foum Gleita en le portant de 5.000 à 15.000 mètres cubes par jour, avec la connexion de 57 nouveaux villages. Les travaux sont en cours.