Le 6 mars ou la mémoire humiliée des Haratines

Le 6 mars est censé être, en Mauritanie, la Journée nationale de lutte contre l’esclavage. Instituée en 2016, elle devait symboliser l’engagement de l’État à éradiquer définitivement les séquelles de cette pratique abolie en 1981 et criminalisée par la loi de 2015 comme crime contre l’humanité.

Mais cette année encore, la célébration s’est déroulée dans une discrétion presque gênée, avec une représentation officielle minimale, donnant le sentiment d’une commémoration organisée à contrecœur, presque en catimini. Une telle attitude ne peut qu’interroger sur le degré réel d’intérêt et de considération que le régime accorde à cette journée, et au-delà, aux victimes de l’esclavage et aux Haratines de manière générale.

À vrai dire, la non-célébration pure et simple de cette journée aurait peut-être épargné aux Haratines le sentiment douloureux de voir une fois de plus remuer le couteau dans la plaie — celle du mépris, de l’abaissement et de l’indignité. Car une commémoration sans solennité, sans reconnaissance véritable et sans compassion affichée finit par apparaître comme une formalité administrative, voire comme une obligation embarrassante.

Que peuvent espérer les Haratines d’un système qui ne parvient même pas à respecter leurs douleurs mémorielles, qui ne daigne pas leur manifester publiquement une compassion digne et assumée ? Comment ne pas penser que, pour certains, cette mémoire demeure une gêne qu’il faudrait contenir, atténuer ou invisibiliser ?

Dans ces conditions, que représentent pour eux les discours progressistes récurrents d’un président qui s’abstient de profiter de cette journée pour montrer solennellement l’exemple, en incarnant personnellement la reconnaissance de cette page douloureuse de l’histoire nationale ? Les mots perdent inévitablement de leur portée lorsqu’ils ne sont pas accompagnés de gestes symboliques forts.

À ceux qui sont toujours prompts à qualifier les revendications pourtant légitimes des Haratines de « discours de haine » ou de « facteurs de division », il convient de rappeler une évidence : le mépris officiel manifesté à l’égard de la Journée nationale de lutte contre l’esclavage n’est certainement pas un acte de nature à susciter l’amour, la confiance ou la cohésion nationale.

La reconnaissance sincère des blessures du passé, l’hommage digne aux victimes et l’engagement visible de l’État ne sont pas des concessions : ils constituent au contraire les fondements mêmes d’une réconciliation authentique et d’une nation réellement inclusive.

Le 7 mars 2026
MOHAMED DAOUD IMAGINE