Chronique : Entre Nous / Par Sneiba El Kory

Autrefois les gens d’ici, c’est-à-dire de chez nous disaient de la pluie qu’elle ne gâte rien sans en réparer autant et que les jours du sec sont encore plus nombreux. Donc, mouillons-nous et louons Allah de nous avoir si bien arrosés comme ça, sans rien. Si ce n’est de la Baraka, admettons au moins que c’est de la chance ou de la providence ! En tout cas, il fait très beau temps.

C’est normal puisqu’après la pluie, c’est le beau temps. Justement, le meilleur moment pour aller en vacances. Les ministres sont partis. En alternance. Les uns après les autres. Le président aussi est parti chez lui pour un peu déstresser. Qui dit vacances dit méchoui délicieux, lait frais de belles chamelles et même de vaches et chèvres.

Les tagines, le riz bien préparé et le couscous ! Imaginez des vacances présidentielles. A quoi ça devrait ressembler ? Et celles de nos honorables ministres ! Quel hivernage qui a tout mis à l’eau. Profondément sous l’eau. Partout en Mauritanie.

Surtout dans les quartiers de Nouakchott : Dar Naim qui nage. Dar Beida qui vogue. Sebkha et El Mina qui tronchent avec de petits jolis marigots. Des inondations autour desquelles toutes les supputations circulent comme des trombes de pluie.

Jamais dans l’histoire de la République Islamique de Mauritanie un président n’est venu aussi vite pour marcher dans les eaux boueuses (cf. journaux télévisés de la Mauritanienne et bulletins de l’Agence Mauritanienne de l’Information). Vous savez, avec les autres présidents, tous les autres, il y a eu tellement de premières fois.

Mais cette fois, c’est la première fois que c’est vraiment la première fois. Un président qui ‘’coupe ‘’ ses vacances pour aller savoir comment les habitants d’une autre ville font avec les pluies ! Rien que ça avec le sauvetage de Chebou est déjà tout un bilan ! Seulement, les pluies ne sont ni sérieuses ni discrètes.

Pourquoi ? Parce que elles nous ont démontré que notre assainissement est à assainir et que notre Nouakchott qui était réputée pour être un dépotoir tous azimut de toutes les ordures à tout coin de rue est en passe de devenir le champion des marécages à tout bout de champ. Justement, les champs. La révolution de l’agriculture. Voilà un nouveau programme du président de la République. Il faut aller cultiver vos champs disait l’autre. Il faut cultiver vos champs, a dit le président.

Alors emporte ton père et laisse ta mère ! Les ministres, les députés, les hommes d’affaires et leur patron , les femmes et les jeunes, les anciens de la décennie blanchis ou noircis courent à mieux mieux pour cultiver pour devenir cultivateurs d’illusions de champs expropriés d’oueds jadis asséchés de tamourts et de plaines dont les propriétaires ne savent plus à quel saint se vouer ! Mais un cultivateur ne ressemble qu’à un cultivateur.

La houe reconnaît la main qui la touchait. Un cultivateur à TX ne doit pas être un bon cultivateur. Un cultivateur aux mains tellement propres, tellement éponges, tellement rouges à faire gicler de sang ne doit pas être un bon cultivateur. Un cultivateur à IPhone 13 hyper connecté ne doit pas être un bon cultivateur.

Salut !

Le Calame