Esclave des blancs ou esclave des noirs, même combat…
L'esclavage en milieu maure défraie la chronique et c'est à
juste raison. Pour diverses raisons : politiques, sociales et autres….
L’esclavage est en réalité interdit par l'islam mais les fuqahas de fortune qui
survivent encore en Mauritanie, continuent à le traiter comme partie intégrale
des "autorisations conditionnelles" du texte sacré, ce qui est archi
faux.
Récemment, dans une émission radiophonique de grande écoute, un faqih a été
piégé par un auditeur, lorsqu’il s’est mis à développer des arguments
fallacieux sur le « traitement » de l’esclave pendant le ramadan ; en
recommandant de traiter l’esclave avec «déférence et sans forte pression »
pendant cette période sacrée»; ce qui était le comble du ridicule dans un pays
musulman.
Et dire que c’est notre radio officielle ! L'esclavage est une réalité encore
par les survivances des pratiques ségrégationnistes envers les descendants
d'esclaves affranchis ou qui n'ont jamais connu le joug depuis plusieurs
générations.
Cruel retour de manivelle, les descendants d’esclavagistes en milieu maure sont
aujourd’hui les plus démunis car leur « patrimoine » était surtout libellé en
actifs Ri’q. Dans ces milieux,les hommes s’adonnent uniquement au commerce de
détail - en milieu urbain- qui ne demande pas de formation particulière et la
prostitution y gangrène considérablement la gente féminine, qui refuse encore
de travailler honorablement comme leurs consœurs noires, préférant s’adonner au
culte du Saht avec ou sans passage à l’acte charnel.
Une vague de mariages mixtes est bien réelle aujourd’hui dans le milieu maure,
mais seulement dans le sens mari- maure blanc, femme - maure noire. C’est que,
en milieu maure, les enfants nés de mariages « mixtes » de ce type sont très
valorisés par la société depuis les origines et c’est pour cette raison que les
Cheikhs et grands marabouts du sud et de l’Est sont tousou presque bigarrés.
L'esclavage en milieu Maure a été néanmoins banalisé comme sujet tabou et les
organisations non gouvernementales s'adonnent à cœur de joie à la résistance et
à la sensibilisation, ce qui est à leur honneur et nous devons les soutenir.
Mais l’injustice incroyable, c’est encore la survivance de la ségrégation
envers les castes dites non nobles, telles les griots et les forgerons ainsi
que les Zenagas ou bergers de chameaux de père en fils. Ces citoyens ne peuvent
se marier qu’entre eux et « même » les anciens esclaves les dédaignent ! Car
plus nobles dans la tarification des origines en milieu maure.
Cependant, nos concitoyens négro africains continuent à subir les pires
pratique esclavagistes et dans ces milieux, on n' pas vu la naissance d'ONG
spécifiques pour lutter contre cette infamie chez les halpular et les Soninkés,
par exemple. Dans ces milieux, l’esclave ou l’ancien esclave est isolé, non par
la couleur mais par le nom de famille au travers de jeux sémantiques cruels et
humiliants. En milieu Soninké, il y a des mosquées et des cimetières par caste
et des survivances de croyances maudites continuent à considérer que c’est un
porte malheur que de s’asseoir sur la même natte que son griot ou esclave !
Même à ce jour.
Un grand cadre maure a marié une griotte halpular il y a quelques années. Aucun
noble halpular parmi ses amis n’a répondu à son invitation d’assister au
baptême de l’un de ses enfants en se montrant au grand jour. La plupart ont
téléphoné pour s’excuser ou sont venus par une porte dérobée. L'esclavage a été
réduit dans notre pays à l'exploitation d'un "noir" par "un
blanc" et non un noir (griot, bucheron, pécheur, tisserand…) par un noir
ou un blanc (Zenagas) par un blanc.
Il revient à l’Etat de s’occuper sérieusement de nos compatriotes negro
africains, victimes de la pire des ségrégations et par un silence inhumain à ce
propos. Pour commencer, il faudra interdire les patronymes dérisoires collés à
la racine des noms de famille de ces citoyens visés, cela au niveau de l’état
civil, entamer une sensibilisation au niveau des princes esclavagistes et
supprimer les mosquées ségrégationnistes dans notre état. dans outes les
provinces.
Tout comme chez les maures on ne peut pas obliger nos concitoyens negro
africains à pratiquer les mariages mixtes dans les deux sens mais il est
possible de s’attaquer aux croyances archaïques dans ces milieux, croyances qui
attribuent des rôles maléfiques à certaines franges de ces esclaves ou
descendants d’esclaves en milieu négro africain. Au niveau de l’état, des
dispositions communes devraient être prises immédiatement par rapport aux
castes « non colorées ».
Rien n’est plus ridicule mais aussi plus cruel que lorsque le Gouvernement
invite des griots maures ou négro africains pour meubler les soirées de gala
lors des visites de Chefs d’état étrangers! Les pauvres concitoyens ne sont
reconnus qu’à ce niveau et nul ne pourra trouver un griot parmi les ministres
ou les cadres invités à l’occasion de ce gala de voyeurs invétérés. Pendant près
de deux heures les pauvres griots doivent se dépasser pour mériter le maigre
pactole réservé par le protocole et ces démunis « recrutés » pour se produire
devant le public quittent enfants et époux pour distraire – surtout pendant la
période scolaire- une mêlée de fonctionnaires et de badauds.
Notre pays est un pays neuf. Il recèle encore beaucoup de paradoxes. Les
solutions, lorsqu’elles existent sont rarement des solutions de fonds ou des
solutions tout court. Notre développement reste tributaire d’une politique
active et juste de la part du Gouvernement. Les effets spectaculaires de
l’esclavage sont réels mais ils ne nourrissent encore que les ONG et les
leaders politiques déclarés.
Les rouleuses de couscous harratines soufrent des intempéries et de
l’humiliation des clients pour un maigre revenu, souvent inapte à garantir plus
que la survie. Le berger est abandonné en plein désert sans couverture
sanitaire et sans assurance maladie pour lui et ses enfants. Le griot ne sert
encore qu’à meubler même les soirées officielles et notre télévision le
ridiculise chaque jour davantage en le présentant comme une relique du passé
juste bonne à assurer la transition entre les programmes quand les techniciens
prennent leur thé ou font leurs courses en ville.
Le forgeron est confiné dans le rôle de receleur de biens et isolé dans notre
société comme un être inutile. Le métier de défenseurs de droit humains dans ce
domaine mérite à son tour d’être encadré et réglementé et l’état devrait
veiller à ce que les ONG ne soient pas monocolores pour les rendre plus
efficaces et réduire ainsi les contingences raciales récurrentes.
Les solutions économiques et sociales ne sont pas réfléchies pour hisser les
victimes au rang de mauritaniens à part entière, si d’ailleurs ont peut parler
de la sorte. Ainsi, la politique de l’habitat initiée par l’Agence de
Développement Urbain a été déviée de ses objectifs, les harratines transférés
revenant chaque fois à la case départ pour recevoir de nouveaux lotissements.
Car ils n'ont as de solutions économiques pour se nourrir et se soigner
convenablement. Un Ministère de la Condition Humaine mérite d’être crée pour
tous les mauritaniens, anciens esclaves ou anciens maîtres, maures ou négro
africains dans ce pays aux mille paradoxes.
source : Abou Oubeid
Lundi 2 Novembre 2009
INFOS AVOMM
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